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Une attitude révolutionnaire
Jésus à l'égard des femmes

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Léonard Audet, c.s.v.
5 avril 2004

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L'attitude de Jésus à l'endroit de la femme s'inscrit dans la même ligne que son attitude face aux laissés-pour-compte de la société de l'époque.

Compte tenu de la mentalité de l'époque, l'attitude de Jésus à l'égard des femmes fut exceptionelle, voire révolutionnaire... Afin d'apprécier l'originalité de son comportement, explorons dans un premier temps la condition de la femme dans le monde juif au temps de Jésus.

La situation sociale de la femme au temps de Jésus

Au temps de Jésus de Nazareth, la condition de la femme était loin d'être enviable. À titre d'exemples, mentionnons quelques textes des « enseignants du temps », les rabbins :

  • « Loué soit celui, qui ne m'a pas créé païen; loué soit celui qui ne m'a pas créé femme, loué soit celui qui ne m'a pas créé esclave »;
  • « Heureux celui dont les enfants sont mâles, mais malheur à celui dont les enfants sont femelles ».

Plusieurs dictons populaires étaient également très peu élogieux à l'égard des femmes :

  • « Là où il y a beaucoup de femmes, il y a beaucoup de sortilèges »;
  • « Dix 'qabs' de tête-vide ont fait leur apparition dans le monde, neuf ont été reçus par les femmes, et un par le reste du monde ».

Notons toutefois que ces dictons n'étaient pas propres au seul peuple juif, mais étaient plutôt le lot du monde oriental (environnant) en général.

Que dire maintenant de la place de la femme dans le monde civil en particulier?

La place de la femme dans la société civile

Dans le monde juif, la femme est pratiquement absente de la vie publique :

  • Elle se voile afin de passer inaperçue;
  • Un homme de bien ne doit pas adresser la parole à une femme dans la rue;
  • Les règles de bienséance interdisent de saluer une femme;
  • Un homme doit éviter de se retrouver seul avec une femme dans un lieu public.

Les « fiancailles » préparaient le passage de la jeune fille du pouvoir du père à celui du mari. Il s'agissait pratiquement de l' « acquisition » de la fiancée par le fiancé.

On comparait même l'acquisition de la femme à celui de l'esclave : « on acquiert la femme par argent, contrat et rapports sexuels », de même « on acquiert l'esclave païen par argent, contrat et prise de possession ».

Une fois mariée, la femme devait obéir à son mari qui devenait son maître en toutes choses. Cette obéissance faisait partie de ses devoirs religieux. Son rôle se réduisait pratiquement à celui d'une servante.

Finalement, ce qui valorisait la femme aux yeux de son mari, c'était sa fécondité; particulièrement lorsqu'elle donnait naissance à des garçons.

Sur le plan juridique, le droit de divorcer ne valait que pour l'homme. Seul le mari pouvait répudier sa femme pour des motifs plus ou moins sérieux.

Quant à la polygamie, l'épouse se devait parfois de tolérer que son mari ait des concubines. Un rabbin posait la question suivante : « Quelle est la différence entre une épouse et une concubine? ». À cela il répondait : « L'épouse a un contrat de mariage, la concubine n'en a point ».

On le voit bien, la place de la femme dans la société civile était loin d'être enviable; l'était-elle plus dans le monde religieux?

La place de la femme dans le monde religieux

Au plan religieux, la situation de la femme était encore plus dégradée. Elle était sur le même pied que les enfants et les esclaves.

Les droits et les devoirs religieux de la femme étaient très limités :

  • Elle n'est pas tenue d'étudier la loi (la Torah) : les écoles sont réservées aux garçons;
  • L'intérieur du Temple lui est interdit;
  • Dans les Synagogues, on lui assigne un emplacement spécial, derrière des barrières;
  • Dans le service liturgique, un seul rôle lui est confié : écouter;
  • À la maison, elle ne compte pas parmi les personnes invitées à prononcer la bénédiction après le repas.

Ainsi, autant dans le monde civil que religieux, la femme occupait un rôle de subordination et de sujétion. Tout le contraire donc du mouvement d'émancipation de la femme dans lequel se sont engagées les sociétés dites « modernes ».

Jésus faisait-il sien ce regard peu élogieux à l'égard de la femme? Les récits évangéliques nous révèlent une attitude fort différente...

L'attitude de Jésus à l'égard des femmes

Jésus s'est présenté comme le prophète du Royaume de Dieu, dans lequel tous, hommes et femmes, sont appelés à participer à la liberté des enfants de Dieu, sans distinction de sexe ou de rang social.

Dans sa prédication, il a favorisé les petites gens, les opprimés, les délaissés et les pauvres.

Contrairement aux coutumes sociales de son temps, il a eu une attention spéciale pour les femmes, précisément parce que les tabous du temps les maintenaient dans une situation de sujétion, voire de mépris.

Voici quelques exemples de l'attitude révolutionnaire de Jésus à l'égard des femmes :

  • Dans ses paraboles, il évoque avec tendresse la vie quotidienne de la femme, avec ses anxiétés et ses joies (Mt 13,33).
  • Pour offrir à tous le trésor du Royaume, il ne craint pas d'enfreindre les traditions rigides du temps :
    • il parle en public avec la samaritaine, une étrangère de surcroît (Jn 4,7);
    • il enseigne publiquement à une femme (Lc 10,39);
    • il permet même à des femmes de le suivre et, de fait, elles lui seront fidèles jusqu'à sa mort sur la croix (Mc 15,40);
    • il ne se gêne pas pour parler en faveur des femmes (Mc 12,40-44; 14,6-9);
    • il leur porte secours dans leur détresse (Mc 1,29-31 ; 5,21-43).

Compte tenu de la mentalité de l'époque, l'attitude de Jésus était inacceptable pour les bien-pensants du temps, et de ce fait, l'exposait même à la mort. C'est dire les risques que Jésus a pris en posant des gestes libérateurs à l'égard des femmes.

La prise de position de Jésus face au mariage

Fait sans précédent, la prise de position de Jésus face au mariage constitue une reconnaissance de l'égalité entre la femme et l'homme :

Rappelons que ces deux institutions permises par la loi ne favorisaient que les hommes. En les rejetant, Jésus restaure l'égalité entre les époux au sein même du couple.

C'est dans la même optique que, d'une part, il dénonce les désirs adultères des hommes (Mt 5,28) et que, d'autre part, il sauve de la mort la femme adultère qu'un groupe d'hommes aussi coupables qu'elle sont prêts à lapider (Jn 8,1-11). Jésus s'oppose par le fait même à une coutume qui ne sévissait pratiquement que contre l'adultère de la femme.

Jésus a vu les gens du regard même de Dieu, un regard d'amour qui se situe bien au-delà des préjugés socioculturels.

Son attitude vis-à-vis de la femme s'inscrit dans la même ligne que son attitude face aux opprimés, aux méprisés, aux pécheurs bannis de la société de l'époque.

Libérateur au nom même de Dieu en ce monde d'inégalités et d'injustices.

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