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Francine Robert
21 février 2005
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3e article d'une série de 6 qui se proposent d'explorer, en lien avec la culture contemporaine, des grands thèmes de l’Évangile de Matthieu.
Nota Bene - Ce texte a paru en Juin 1998 dans la Revue Prêtres et pasteurs; il a été adapté pour le médium Internet par le Service catéchétique viatorien.
Comme tout catéchète, Mt « raconte » Jésus de Nazareth de façon à refléter sa foi au Christ ressuscité. Il nous le signale dès le début : l'enfant annoncé sera appelé Emmanu-El, ce qui se traduit « Dieu-avec-nous ».
Pourtant, de son vivant personne n'a appelé Jésus « Emmanuel ». Seuls les chrétiens désignent ainsi le Seigneur Vivant présent à son Église, selon leur foi en sa promesse : moi je suis avec vous tous les jours (Mt 1,23; Mt 28,20). Le visage de Jésus en Matthieu reflète la gloire du Seigneur de l'Église :
Ainsi schématisée, la figure du Jésus de l'histoire évoquait pour les lecteurs de Matthieu le Seigneur qu'ils priaient eux-mêmes, celui de leur expérience spirituelle, qui guérit et sauve encore au présent.
Pour nous aujourd'hui, ces retouches de Matthieu sont devenues « l'histoire », réduisant d'autant la part qui revient à l'humanité de Jésus de Nazareth. L'utilisation catéchétique de ces textes doit rester vigilante : les récits de Matthieu sont « à deux étages ».
Sensible à la fascination qu'exerce sur les croyants les manifestations de puissance du Seigneur, Matthieu, en pasteur averti, insiste sur le fait que c'est selon la modalité du « plus petit » que Dieu se fait « avec-nous ». Dès le début, Jésus vient à Jean pour se faire baptiser par lui, geste de subordination et de solidarité que Matthieu nomme « accomplir toute justice. » (Mt 3,15)
Dans un contexte où ses actes et sa personne suscitent doute ou refus (Mt 11-12), Matthieu insère l'action de grâce de Jésus pour la révélation du règne de Dieu aux petits (Mt 11,25). Il ajoute aussi 2 passages qui lui sont propres :
Le Juge redoutable annoncé par le Baptiste est donc ce serviteur qui se fait doux et humble de cœur, soit petit avec les petits.
Il le rappellera en annonçant sa Passion, qui fera de lui le dernier des derniers, l'exemple même des renversements du Règne : les derniers seront premiers (Mt 20,16.28).
L'identité de Jésus chez Matthieu est liée aux Écritures : 43 citations et quasi une centaine d'allusions! Dans notre culture peu familière de l'Ancien Testament, le refrain familier selon lequel Jésus accomplit la parole de tel prophète évoque une correspondance factuelle : ceci a été annoncé, cela est bel et bien arrivé.
Mais pour les premiers chrétiens cela n'allait pas de soi; ils ont du chercher les connivences entre la vie de Jésus et le Dieu des prophètes. Matthieu les met en valeur, laissant de côté tout ce qui ne colle pas : images d'un messie royal, puissant, triomphant, si étrangères à l'échec et au rejet de Jésus.
Alors, comment Jésus accomplit-il l'Écriture? Notre longue tradition du salut individuel nous a insensibilisés à l'aventure collective et historique de salut narrée dans l'Ancien Testament. Une société humaine, Israël, compte sur un Dieu qui aime, libère et fait Alliance, pour trouver en tâtonnant comment vivre en fidélité à sa vocation profonde : être « peuple-de-Dieu ».
Avec Matthieu, les chrétiens croient que ce projet de salut s'éclaire et s'accomplit de façon unique en Jésus : le Dieu de l'Alliance aimante toute l'histoire de l'humanité en se faisant en Jésus, l'Emmanu-El, « Dieu-avec-nous ». La vocation de « peuple-de-Dieu » prend une dimension universelle dans le temps et l'espace.