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Rodolfo Felices Luna
10 février 2007
Aperçu
6e d'une série de 10 chroniques sur les défis des premières communautés chrétiennes à la lumière du Nouveau Testament.
Rodolfo Felices Luna est docteur en théologie (spécialisé en études bibliques).
Il assure une formation aux catéchètes de diocèse de Gaspé. Il est également professeur associé à la faculté de théologie, d'éthique et de philosophie de l'Université de Sherbrooke.
Il peut paraître banal de souligner le caractère universel de la mission de l'Église, mais de fait, les premiers chrétiens étaient tous juifs, et la foi en Jésus a été d'abord et avant tout perçue comme une affaire strictement juive.
Les apôtres n'avaient nullement conscience de jeter les bases d'une nouvelle religion. Ils croyaient de tout cœur représenter le renouveau du peuple de l'Alliance, Douze qu'ils étaient, comme les douze tribus d'Israël. Ils étaient en quelque sorte des prophètes juifs appelant Israël à la reconnaissance de Jésus comme Messie.
De son vivant, Jésus de Nazareth ne les avait-il pas envoyés avec des consignes claires : « Ne prenez pas le chemin des païens et n'entrez pas dans une ville de Samaritains; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël » (Mt 10,5)?
À l'origine, les croyants en Jésus étaient perçus comme une secte juive, la secte des « nazaréens ». Le mot « chrétien » n'existait même pas. C'est pourquoi, vraiment, la venue d'étrangers à tout basculé, tout bouleversé, tout changé dans la petite Église juive des origines. Ce n'est que par la suite, que l'Église a humblement compris que l'Esprit du Ressuscité l'envoyait désormais par toute la Terre.
Étienne, un juif « helléniste », c'est-à-dire parlant grec parce qu'éduqué hors de la Palestine, adhère à la foi chrétienne et fait partie des « Sept » responsables du nouveau groupe de « nazaréens » de langue grecque (Ac 6,1-6).
Fidèle à l'exemple et à l'enseignement de Jésus, sa prédication prend ses distances vis-à-vis du Temple de Jérusalem et de la Loi de Moïse. Cela lui vaut une émeute, une comparution devant le Sanhédrin, et finalement, le martyre par lapidation (Ac 6,8–7,60).
Le discours critique des croyants « hellénistes » vis-à-vis des institutions palestiniennes comme le Temple déclenche une persécution contre ces convertis en particulier, alors que les « nazaréens » de langue hébraïque, plus proches de leurs traditions ancestrales, en sont épargnés (Ac 8,1-3).
Les « hellénistes » comme Philippe sont forcés de s'enfuir vers le nord, en traversant la Samarie (Ac 8,4-8), pour se rendre dans la grande ville païenne d'Antioche (Ac 11,19). Ce sont donc les juifs de langue grecque qui, poussés par les circonstances, fondent les premières communautés chrétiennes en dehors de la Terre Sainte. L'Église vient de franchir les frontières classiques de la Terre Promise et de la langue hébraïque. Quel changement! Or, ce n'est que le début...
À Antioche, les événements se bousculent. La ville, majoritairement païenne, comporte des quartiers juifs et des synagogues. Les hellénistes en fuite s'y réfugient et ils y prêchent la Bonne Nouvelle de Jésus, Christ, faisant des adeptes.
Des païens fascinés par le judaïsme fréquentaient aussi les synagogues; on les appelait les « craignant Dieu », parce que, sans se faire circoncire et sans s'astreindre à toute la rigueur de la Loi de Moïse, ils sympathisaient avec le monothéisme juif.
Dans les synagogues d'Antioche, ces païens « craignant Dieu » entendent parler en grec de la foi en Jésus et ils y adhèrent en grand nombre (Ac 11,19-21). L'Église de Jérusalem en est troublée : mais où est-ce qu'on s'en va? Non seulement des juifs de langue grecque, mais là des païens croient en Jésus!