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Esclavage et libération selon saint Paul
Le christianisme comme lieu de libération

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Léonard Audet, c.s.v.
6 février 2003

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L'Apôtre Paul s'est employé à présenter le christianisme comme le lieu privilégié de la libération, tant pour les individus que pour l'humanité dans son ensemble.

Introduction

Peu de siècles ont autant parlé de libération et d'oppression que le nôtre : qu'on pense aux divers mouvements de libération (peuples, sociétés, opprimés, pauvres, femme, etc.).

Ces mouvements sont nécessaires car des forces économiques, politiques et culturelles font mourir des êtres humains.

Devant de telles situations, quelle parole la foi chrétienne peut-elle proclamer, quelle libération peut-elle proposer?

L'Apôtre Paul s'est employé à présenter le christianisme comme le lieu privilégié de la libération, tant pour les individus que pour l'humanité dans son ensemble. En effet, Paul a envisagé le mystère de la mort résurrection du Christ comme la source de toutes les libérations auxquelles aspire l'humanité dans son désir de se dégager de ses multiples aliénations et esclavages.

Pour vous permettre d'explorer cet enjeu, le Service catéchétique viatorien vous propose une réflexion dont les principales étapes seront :

Un complément d'information : l'évocation du contexte socioculturel au temps de Paul.

L'esclavage du péché et la libération par la grâce du Christ (Rm 5-6)

« Une force positive est venue contrer, dans l'humanité, la puissance maléfique du péché : cette force, c'est la personne même du Christ ressuscité qui vit dans le croyant ».

Le péché, en tant que force de mal et de mort, est l'une des pires aliénations dénoncées par Paul (Rm 5,6). Mais encore faut il comprendre ce que Paul veut dire par le mot péché (en grec : amartia). Dans ses écrits, le mot péché, employé au singulier, ne signifie jamais l'acte de pécher. Il exprime plutôt une puissance ou une force qui existe dans l'humanité et qui pousse l'homme vers le mal, vers la haine, vers la mort (Rm 5,12; 6,6; 6,11; 7,13). Cette force maléfique est entrée dans le monde à l'aube de l'humanité (Rm 5,12). Il s'agit donc d'une puissance ou d'un héritage de mal, de violence et de mort que tout être humain reçoit de par son appartenance à la race humaine. Cette force pousse finalement l'être humain à se dissocier du projet de Dieu (son projet de Royaume), à se prendre lui même comme centre de sa propre existence et à pousser l'égoïsme jusqu'à la haine, en écrasant tous ceux qui peuvent être perçus comme obstacles à son bonheur (Ga 5,13-21).

Une force positive est venue contrer, dans l'humanité, la puissance maléfique du péché : cette force, c'est la personne même du Christ ressuscité qui vit dans le croyant (Gal 2,20; Rm 5,15-21). Grâce au Christ, l'être humain peut se libérer de cette puissance du péché et accueillir en lui le don de la justification (Rm 5,18), qui débouchera sur la vie nouvelle du Royaume (Rm 6,4-5). Selon Paul, tout être humain porte en lui deux forces : d'une part, le péché (amartia) et d'autre part, le Christ (Rm 5,15-21). Toute personne est tiraillée entre ces deux puissances et doit se décider pour l'une ou pour l'autre, car elles sont contraires et entraînent dans des directions tout à fait opposées. Cependant, ces deux forces ne sont pas égales. Selon la pensée paulinienne, la puissance du Christ surpasse de beaucoup la puissance du péché et du mal. Cela est évident à la lecture de Rm 5,15-21 où Paul marque bien la supériorité du Christ sur toute puissance adverse.

Pistes de réflexion

En moi, comment cette force de péché et de mal me tiraille-t-elle?

Dans la société, sous quelle forme cette force de péché ou de mal est-elle présente?

Quels exemples concrets puis-je donner de la libération offerte par le Christ?

Actualisation

En optant pour le Christ, la personne s'engage donc dans un processus de libération par rapport aux puissances de mal et de mort en elle même et dans le monde. Par la grâce du Christ, les forces du bien en chacun de nous, et dans l'humanité tout entière, vont finalement triompher des forces du mal. Dans le Royaume, la libération sera complète.

Au nom de sa foi et de son espérance, le chrétien doit travailler à briser la force maléfique du péché (amartia) en lui et dans la société. Il peut s'engager dans cette tâche grâce au Christ qui devient en lui force d'amour, de communion, de justice, de liberté, de vie. Et il a l'espérance que, malgré tout, la grâce et la vie triompheront finalement du péché et de la mort.

L'esclavage sous la loi et la libération par l'Esprit (Rm 7-8)

« L'Esprit s'avère donc pour le chrétien le facteur essentiel de sa libération, par rapport au régime oppressif de la loi, et la source de sa vie nouvelle dans la liberté et l'amour ».

Dans l'épître aux Romains, Paul dénonce le rôle asservissant de la loi juive (Rm 7,7-25). Par le mot loi, l'Apôtre désigne sans doute la loi mosaïque, mais aussi l'ensemble du système socioreligieux qui régissait la vie concrète des Juifs jusque dans les moindres détails. En elle-même, la loi était « sainte et bonne » (Rm 7,12) : elle avait en vue le bien de la personne humaine. Seulement, à cause des puissances du mal dans l'être humain, elle a été détournée de sa fin et elle est devenue, de fait, un instrument d'esclavage et de mort (Rm 7,11.13). Par la multitude de ses commandements, la loi était devenue, selon Paul, un joug tyrannique obligeant le Juif à mériter son salut à force d'observances. Incapable d'observer toutes les lois, le Juif encourait nécessairement la malédiction de la loi (Gal 3,10.13). D'après l'expérience même de Paul, la loi était devenue un asservissement et un esclavage (Ga 4,3).

Dans l'événement de la mort-résurrection du Christ, le chrétien a été libéré de cet esclavage de la loi; il est passé du régime de la loi au régime de l'Esprit. « Mais à présent, affirme Paul, nous avons été dégagés de la loi, étant morts à ce qui nous tenait prisonniers, de sorte que nous servons sous le régime nouveau de l'Esprit et non plus sous le régime périmé de la lettre (i.e. la loi) » (Rm 7,6).

Contrairement à la loi, l'Esprit n'est pas un principe extérieur à l'être humain lui dictant des choses à faire. Le croyant possède en lui l'Esprit du Christ (Rm 8,9).

Cet Esprit qui habite en lui est :

  • dynamisme de vie (8,2);
  • principe de sanctification (8,4) et de paix (8,6);
  • germe de résurrection (8,11);
  • source de liberté (8,14-17);
  • fondement de son espérance (8,23-24) et gage de sa glorification (8,26-27).

L'Esprit s'avère donc pour le chrétien le facteur essentiel de sa libération, par rapport au régime oppressif de la loi, et la source de sa vie nouvelle dans la liberté et l'amour (Ga 5,13).

Depuis le Christ, le croyant n'a plus à opérer son salut à coup d'observances et d'obéissance à des lois. La loi a définitivement perdu son caractère d'absolu; elle ne sera plus jamais un instrument de salut. Désormais, la personne humaine est libérée du juridisme, du formalisme et des contraintes légalistes. Son salut est affaire de foi au Christ, d'accueil du don de l'Esprit, de docilité aux impulsions de l'Esprit. L'espérance de la vie ne se situe plus dans la ligne de l'observance mais bien dans la ligne, combien libératrice, de la foi en Jésus Christ (Ga 2,16).

Pistes de réflexion

Comment est-ce que je me situe face aux coutumes, règles et diktats de la culture dominante? Dans la société? Et dans l'Église?

Par quelles expériences ai-je senti la présence de l'Esprit en moi? Quels signes ont confirmé ces actions de l'Esprit?

Actualisation

Cette libération par rapport à la loi, c'est aussi la libération par rapport à toutes les oppressions religieuses qui se servent de Dieu, ou d'une certaine conception de Dieu, pour asservir l'humanité et la soumettre à une obéissance servile et aliénante. « Mais Dieu, dit saint Paul, a envoyé son Fils... afin de racheter les sujets de la loi, afin de nous conférer l'adoption filiale. Et la preuve, c'est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils qui crie Abba, Père! Aussi n'es tu plus esclave, mais fils » (Ga 4,4-7). En Jésus Christ, l'être humain est devenu libre face à Dieu, ou plutôt face aux images aliénantes qu'on s'est fait de Dieu à travers l'histoire humaine et qu'on continue hélas à propager à travers plusieurs de nos institutions et systèmes religieux. Devant Dieu, le croyant possède la liberté d'un enfant par rapport à un père aimant. De servile, son obéissance est appelée à devenir filiale, à l'image de la liberté dont Jésus a fait preuve dans son obéissance au Père.

L'esclavage sous les Forces occultes et la libération dans le Christ Seigneur

« Toutes ces Puissances, Dieu les a détrônées dans l'événement de la mort résurrection de Jésus et les a soumises à la Seigneurie universelle du Christ qui est devenu "la tête de toute Principauté et de toute Puissance" ».

Dans plusieurs milieux d'Asie Mineure, on croyait en l'existence de Puissances intermédiaires entre Dieu et l'humanité. Ces Puissances pouvaient être bénéfiques ou maléfiques, mais, de toute façon, elles régissaient la destinée de chaque personne et du cosmos. Pour les Juifs, ces êtres intermédiaires prenaient figure de Puissances angéliques; pour les Grecs, ils consistaient plutôt en des Puissances cosmiques et étaient rattachés de quelque façon au cours des astres. Les gens de l'époque se laissaient asservir par cette croyance en des Puissances adverses et ils tâchaient de conjurer la menace de ces êtres angéliques ou cosmiques par une liturgie assez complexe (Ga 4,10).

Paul dénonce avec vigueur cet asservissement à des Puissances sacralisées : « Jadis, dans votre ignorance de Dieu, vous fûtes asservis à des dieux qui au vrai n'en sont pas » (Ga 4,8). Ces Puissances occultes, il va les appeler « éléments du monde » (Ga 4,3.9; Col 2,8.20). En Ep 6,12, ces adversaires de l'être humain sont « les Principautés, les Puissances, les Régisseurs de ce monde de ténèbres, les Esprits du mal ». Dans la pensée de Paul, beaucoup de ces êtres sont mythiques et relèvent d'une astrologie sacralisée, de la superstition ou même de la magie (Ga 4,8).

Toutes ces Puissances, Dieu les a détrônées dans l'événement de la mort-résurrection de Jésus et les a soumises à la Seigneurie universelle du Christ qui est devenu « la tête de toute Principauté et de toute Puissance » (Col 2,10; Ep 1,20-21). Bien plus, Dieu a ridiculisé ces Puissances à la face du monde; en effet, « il a dépouillé les Puissances et les Principautés et les a données en spectacle à la face du monde en les traînant dans le cortège triomphal du Christ » (Col 2,15).

L'image utilisée ici par Paul est celle du triomphe romain après la victoire : le Christ traîne dans son cortège triomphal ses ennemis asservis. Les Puissances adverses seront finalement détruites à la fin des temps, lorsque « le Christ remettra la royauté à Dieu le Père » (1 Co 15,24). Sous différentes images, tous ces textes veulent nous enseigner que l'être humain a été définitivement libéré de la tutelle des Puissances angéliques et cosmiques par le mystère de la mort résurrection du Christ. Désormais, le croyant n'a qu'un seul Seigneur et Maître : le Christ.

Pistes de réflexion

Décrivez des forces occultes qui sont à l'œuvre aujourd'hui :

* économiques;
* politiques;
* superstitions;
* etc.

Identifiez des expériences de libération suscitées par le Christ.

Actualisation

En dénonçant la tyrannie des « éléments du monde » et des « Puissances », Paul employait la terminologie de son temps pour dénoncer tout ce qui, dans le monde, est asservissement de la personne : puissances sacralisées, forces occultes divinisées, astrologie religieuse, superstition, magie, tabous, etc. En un mot, tout le poids d'absolus sacralisés qui aliènent l'être au lieu d'être à son service. Si Paul avait vécu en notre siècle, il aurait probablement parlé aussi de certaines puissances économiques et politiques qui s'érigent en absolu, devenant en quelque sorte des monstres sacrés qui fondent leur pouvoir sur la tyrannie, l'oppression et l'exploitation. Déjà vaincus dans la mort-résurrection du Christ, toutes ces puissances oppressives seront finalement détruites (1 Co 15,24) pour permettre à l'humanité d'atteindre à la libération totale sous la Seigneurie bienveillante du Christ dans le Royaume du Père.

L'esclavage sous la domination des hommes et la libération sous le Christ

« Tous les chrétiens sont disciples d'un seul et même maître : le Christ. Tous sont égaux sous ce chef unique. Après le Christ, c'est le chrétien qui est roi et maître de l'univers ».

Paul n'a pas encouragé les premiers chrétiens à essayer de changer leur statut social (1 Co 7,17-31). Bien au contraire, il a demandé aux esclaves de ne pas perdre de temps à tenter de se libérer de leur esclavage. Aux Corinthiens, il recommande « que chacun demeure dans l'état où l'a trouvé l'appel du Christ. Étais-tu esclave lors de ton appel? Ne t'en soucie pas... Mets plutôt à profit ta condition d'esclave » (1 Co 7,20-21). Cette recommandation n'est pas sans étonner. Paul a sans doute plusieurs raisons pour recommander aux esclaves d'accepter pleinement leur statut social. Voici quelques motifs qu'on peut déceler dans le chapitre septième de la première lettre aux Corinthiens :

  • ce qui est important pour Paul, c'est la libération spirituelle, c'est-à-dire, « être un affranchi du Seigneur » (1 Co 7,23). Même au sein de son esclavage physique, l'esclave pouvait atteindre à une grande liberté dans le Seigneur;
  • « Le temps se fait court » (1 Co 7,29). Pensant que la venue glorieuse du Seigneur est pour bientôt, l'Apôtre conseille de ne pas perdre de temps ni d'énergies dans un processus long et onéreux de rachat de l'esclavage. « Mets plutôt à profit ta condition d'esclave » (1 Co 7,21), dit-il;
  • les chrétiens sont alors en trop petit nombre pour essayer de modifier les conditions sociales de l'empire. On ne pense même pas à s'attaquer à une institution aussi imposante que celle de l'esclavage;
  • Paul est convaincu que le Christ peut rejoindre les personnes dans les conditions matérielles et sociales qui sont les leurs. Pour lui, il n'y a pas de seuil de misère ou de pauvreté au-dessous duquel l'évangélisation devient impossible. L'Église de Corinthe était d'ailleurs formée d'une majorité d'esclaves ou d'anciens esclaves (1 Co 1,26-31).

Ce que Paul dénonce avec véhémence, c'est l'esclavage idéologique sous la domination de prétendus maîtres à penser. Car, pour l'Apôtre, il n'y a en christianisme qu'un seul maître : le Christ. Certains chrétiens de Corinthe avaient semblé l'oublier. En effet, à la façon grecque, ils voulaient se réclamer d'un maître à penser tel que Paul, Pierre ou Apollos, comme leurs compatriotes païens se réclamaient de tel ou tel grand philosophe. Ceci n'a pas été sans entraîner des scissions et même des clans dans l'Église de Corinthe, selon que l'on se disait disciple de Paul, d'Apollos ou de Pierre (1 Co 1,11-13).

Pistes de réflexion

Comment vivez-vous cette « union de tous et de chacun au même Seigneur », ce principe de libération et d'égalité dans l'Église?

Quels sont les esclavages idéologiques qui ont cours dans la société et/ou dans l'Église?

Aujourd'hui, y a-t-il des institutions où règne l'inégalité sociale ou religieuse? Explicitez.

Paul s'employa à réprimer ces désordres. Il rappela aux Corinthiens que les grands prédicateurs dont ils se réclamaient n'étaient pas des maîtres à penser, mais « des serviteurs par qui ils ont été amenés à la foi » (1 Co 3,5). Tous les chrétiens sont disciples d'un seul et même maître : le Christ (1 Co 1,13). Tous sont égaux sous ce chef unique. C'est pourquoi il leur rappelle que nul ne doit se glorifier dans les hommes, « car, dit il, tout est à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie... tout est à vous; mais vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu » (1 Co 3,21-23). Ces versets révèlent la perspective grandiose de la dignité et de la liberté du chrétien. Après le Christ, c'est le chrétien qui est roi et maître de l'univers. Les chrétiens de Corinthe n'avaient pas compris leur véritable grandeur et n'avaient pas encore assumé dans leur vie la formidable libération spirituelle apportée par le Christ.

Actualisation

Car en christianisme tous les humains sont foncièrement égaux. Paul le répétera à plusieurs reprises : « Il n'y a plus ni Juif, ni Grec; il n'y a plus ni esclave ni homme libre; il n'y a plus l'homme et la femme; car tous, vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus » (Ga 3,28; 1 Co 12,13). Dans la communauté chrétienne, les classes sociales et culturelles qui, dans la société, divisent les gens en inférieurs et supérieurs ne valent plus : tous ont le même statut de membres à part entière de l'unique Corps du Christ. En Église, l'unité des membres entre eux ne se réalise pas par la dépendance asservissante des uns par rapport aux autres, mais par l'union de tous et chacun au même Seigneur (1 Co 12,12-13). C'est là le principe fondamental de la libération face à la domination de ceux qui veulent s'ériger en maîtres et tyrans.

L'esclavage de la mort et la libération par l'Esprit de résurrection

« La mort ne peut donc plus tyranniser le croyant parce que ce dernier croit et espère que, grâce au Christ, la mort devient un passage vers le Royaume dans sa plénitude ».

Beaucoup d'aliénations peuvent être surmontées par les seuls facteurs humains. La mort est un gouffre infranchissable pour l'humain laissé à lui même, sans l'aide de Dieu (1 Co 15,50). L'Apôtre Paul a raison de noter que, en dehors du Christ, la mort règne et tyrannise l'humanité (Rm 5,17). Dans l'épître aux Hébreux, un disciple de Paul écrit que Jésus est venu « délivrer, par sa mort, ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort » (He 2,15). Le pouvoir asservissant de la mort a été brisé par la mort résurrection du Christ.

Dans ses grandes épîtres, Paul ne dit jamais que la mort a été détruite, mais que son règne a été aboli (Rm 6,9). Elle ne peut donc plus tyranniser le croyant parce que ce dernier croit et espère que, grâce au Christ, la mort devient un passage vers le Royaume dans sa plénitude. C'est en ce sens que l'auteur de la deuxième épître à Timothée peut dire que « notre Sauveur le Christ Jésus a détruit la mort et fait resplendir la vie et l'immortalité par le moyen de l'Évangile » (2 Tm 1,10).

Pistes de réflexion

Quelle est ma foi par rapport à la résurrection?

Quelles sont mes réactions face à la mort, la mienne et celle des autres?

Actualisation

Le croyant est libéré de l'emprise de la mort grâce à l'Esprit de résurrection qui habite en lui. En effet, écrit Paul, Dieu le Père « donnera la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8,11). Dieu qui a ressuscité le Christ par son Esprit nous fera déboucher nous aussi sur la vie glorieuse du Royaume (Rm 6,4-5). Et parce que nous possédons en nous, dès cette terre, ce germe de résurrection, nous sommes en quelque sorte déjà libérés de l'oppression et du pouvoir de la mort. Mais à la fin des temps, la mort elle même sera détruite (1 Co 15,26); elle sera « engloutie dans la victoire » (1 Co 15,54). Ce sera la libération totale et définitive pour toute personne unie au Christ.

Libre aujourd'hui

« Mais comprendrons nous enfin que, comme chrétiens, c'est le mystère même de la mort-résurrection du Christ qui nous appelle à nous libérer, que ce soit au plan personnel ou au plan collectif? ».

Nous venons d'évoquer les modèles les plus importants d'esclavage et de libération signalés par l'Apôtre Paul. En guise de conclusion, nous pourrions montrer que ces différentes formes de libération, une fois réinterprétées, sont encore valables et signifiantes pour l'existence contemporaine.

En effet, au temps de Paul, la vision du monde était plutôt cosmologique et religieuse; aujourd'hui, notre vision est plutôt sociologique et politique. Les forces qui font vivre et mourir, ce sont moins les forces de l'univers comme nature que les forces d'un monde fabriqué par nos sociétés industrielles et technologiques. Les Puissances à dénoncer actuellement ne sont plus angéliques ou cosmiques, mais bien plutôt économiques et politiques.

Mais ce qui nous semble plus important, c'est de noter que Paul a envisagé le mystère de la mort-résurrection du Christ comme la source de toutes les libérations auxquelles aspire l'humanité dans son désir de se dégager de ses multiples aliénations et esclavages. Dans la mort-résurrection de Jésus, pensait il, nous avons été appelés à la liberté; nous avons même été fondamentalement libérés, une fois pour toutes (Ga 5,1.13). Il y a là, de la part de Paul, tout un travail d'interprétation de la foi chrétienne face aux esclavages et oppressions de son époque.

Nous sommes invités, à notre tour, à effectuer le même travail pour notre époque, avec les mots et les conceptions culturelles qui sont les nôtres. Mais comprendrons-nous enfin que, comme chrétiens, c'est le mystère même de la mort-résurrection du Christ qui nous appelle à nous libérer, que ce soit au plan personnel ou au plan collectif? Cette libération est une exigence qui se situe au cœur même de notre vocation chrétienne.

Pistes de réflexion

Quelle dimension de votre être est également sous un esclavage?

Quel aspect de la société contemporaine est le plus en manque de libération?

Comment l'Esprit du Christ vous suggère-t-il d'agir pour accueillir la libération offerte par le Seigneur?

N'oublions pas que, dans le contexte actuel, la libération évangélique comporte une dimension sociale et politique indéniable. Le Règne de Dieu prêché par Jésus ne signifiait pas la fuite vers un autre monde, mais la transformation du vieux monde en un monde nouveau. Le Règne de Dieu englobe tous les aspects de la vie. Il s'attaque à toutes les formes de mal : le péché, l'injustice, l'oppression, la pauvreté, la faim, la souffrance, la mort.

Il en est de même du concept paulinien de libération réinterprété pour notre temps. La foi au Christ rejoint l'être humain dans toutes ses dimensions : personnelle, communautaire, spirituelle, sociale, économique, politique... Il est temps de dégager le message chrétien d'une perspective trop individualiste et personnaliste pour l'accueillir dans sa globalité : transformation fondamentale de l'humanité et du cosmos, purifiés de tous les maux et remplis de la réalité de Dieu.

Notons enfin que l'Église primitive est apparue comme le lieu privilégié de la libération de la personne. Pourquoi l'Église actuelle ne pourrait elle pas, tant par son enseignement que par sa vie, jouer le même rôle par rapport aux nombreuses oppressions et aliénations du monde moderne? Rien ne s'y oppose, bien au contraire. À condition que l'Église elle même apparaisse comme un milieu exemplaire où le mystère de la mort-résurrection du Christ est vécu comme dynamisme de libération et où l'Évangile est perçu comme un appel à une liberté toujours plus plénière dans l'Esprit. Alors le christianisme retrouvera la contagion et la force libératrice qui l'ont caractérisé au temps des premières communautés chrétiennes.

Quelques aspects du contexte socioculturel des Églises pauliniennes

Moins de dix ans après la mort de Jésus, le christianisme est déjà passé de la culture rurale (villages et campagne) en Palestine à la culture urbaine du monde gréco-romain.

Les épîtres de Paul visaient des citadins de certaines villes de l'empire romain (v.g. Corinthe, Thessalonique, Éphèse, Rome). Quelques villes hellénistiques sont ainsi devenues le centre de gravité du christianisme primitif. Alors que la Palestine était un véritable baril de poudre, les cités hellénistiques étaient plutôt paisibles et connaissaient une période de stabilité, de bien-être et de communication. D'après les épîtres de Paul, les chrétiens de l'Asie Mineure étaient largement d'accord avec les structures politiques de leur entourage (Rm 13,1-7).

Un problème social se posait toutefois à leur conscience chrétienne : c'était celui de l'esclavage. En effet, plus de la moitié de la population de certaines villes était composée d'esclaves ou d'anciens esclaves. L'esclavage était une institution importante de l'empire romain. Sa mise en cause aurait été perçue comme une attaque à l'un des piliers de l'empire. On peut dès lors comprendre que les chrétiens qui étaient alors une poignée de gens sans pouvoir, dispersés dans l'empire, ne se soient pas sentis investis de la mission de s'attaquer directement à une telle institution.

Au temps de l'Apôtre Paul, les religions traditionnelles étaient en perte de vitesse (v.g. les dieux grecs et romains) malgré l'effort des empereurs pour les soutenir par la construction de nombreux temples. Cela n'a pourtant pas arrêté la progression de religions nouvelles d'inspiration orientale, en particulier les fameux « cultes à mystères » avec leur bagage de mysticisme et d'expériences initiatiques (initiations secrètes).

Le culte impérial ou culte du souverain était aussi largement répandu dans l'empire romain et contribuait à consolider le régime. Par exemple, l'empereur Auguste a été de son vivant l'objet d'un culte religieux qu'il a habilement encouragé. Il fut vénéré à l'égal d'un dieu. La participation au culte impérial était perçue comme un geste de loyalisme politique. Les chrétiens ont bien sûr refusé de participer à un tel culte qui considérait l'empereur comme Seigneur. Pour eux, il n'y avait qu'un seul Seigneur et c'était Jésus le Christ.

Pistes de réflexion

Dans le contexte socioreligieux qui est le vôtre, quels sont les signes d'espérance? Décrivez-les.

Quels sont les cultes qui aujourd'hui attirent les foules? Pourquoi?

Selon vous, quels sont les points forts du contexte socioculturel de votre milieu?

Le christianisme était à son début une sorte de mouvement spirituel à l'intérieur du judaïsme. Mais très tôt une question est devenue brûlante pour les chrétiens issus du monde grec et romain : en plus d'adhérer à Jésus Christ, fallait il observer la Loi juive comme le faisaient les judéo chrétiens? Certains ont alors répondu oui : pour être sauvé, il fallait croire en Jésus Christ et observer la Loi (Ac 15,5). L'Apôtre Paul leur a opposé un refus catégorique, au nom même de sa foi au Christ. Ce fut l'une des crises les plus graves de l'Église primitive. L'épître aux Galates est témoin de ce débat et du passage du christianisme de l'état de groupuscule judéo-chrétien à l'état de religion universelle.

Au sujet du contexte religieux, il faut aussi ajouter qu'on avait alors une vision très négative du monde. La perception commune était que l'être humain était opprimé et écrasé par des forces hostiles : pouvoirs astraux, esprits, démons, etc. Pour apaiser et pacifier ces forces démoniaques, on s'adonnait à certaines pratiques cultuelles : prières, sacrifices, astrologie, magie, rites superstitieux. Paul dut combattre fermement de telles croyances et pratiques (Ga 4,8-11).

Dans les Églises pauliniennes, la majorité des chrétiens venaient des classes inférieures. On pense que les deux-tiers des chrétiens de Corinthe étaient formés d'esclaves ou d'anciens esclaves. Toutefois, les études récentes ont montré qu'une minorité, très active dans la direction des Églises, provenait des classes moyennes : artisans et petits commerçants. Les plus riches fournissaient les maisons et les lieux pour les réunions et les prières et apportaient leur aide aux plus pauvres. Paul invite constamment au partage des biens matériels. De fait, la situation économique de l'empire et la condition socio-économique des gens étaient alors en pleine progression dans l'ensemble du monde gréco-romain, à quelques exceptions près comme la Palestine.

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