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L. Audet, c.s.v. et R. Madore
10 août 2004
Aperçu
Tout comme le Christ lui-même, le chrétien est appelé à exaucer les vœux de vie, de paix, de joie, d’initiative, de créativité et de don de soi qui montent du plus profond de son cœur, là où bat le Cœur de Dieu, par son Esprit.
« Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils aient en abondance » (Jn 10,10)
Telle est la mission de Jésus, la raison de sa venue, son désir le plus cher : que l'être humain vive à plein, qu'il soit débordant de la vraie vie, de la Vie même de Dieu!
Ce désir de Jésus rejoint le désir des hommes et femmes d'aujourd'hui. Eux aussi veulent vivre, s'épanouir, entrer en relation avec les autres, être libres et devenir créateurs. Les médias font miroiter à qui veut bien l'entendre « mille et une promesses de bonheur ».
Cependant, pour hier comme pour aujourd'hui, le problème réside dans l'ordre des moyens : qu'est-ce qui peut bien combler le cœur humain?
Est-ce l'avoir, le pouvoir, le savoir? Est-ce quelque chose, est-ce
quelqu'un?
Certes, l'être humain a besoin d'un toit,
de loisirs, de savoir, de compétences, d'amis, d'argent...
mais est-ce tout? est-ce suffisant?
L'Évangile nous annonce que le vrai bonheur, que la vie en abondance tant recherchée par l'être humain, passe par la rencontre d'un Visage, par la rencontre d'un Amour infini.
Les grands désirs qui habitent le cœur humain ne sont pas vains ni inutiles : ils sont en attente du Vrai Dieu.
Il y a très longtemps déjà, Jésus avait promis le Don par excellence : l'Esprit Saint (Jn 14,16; 14,26; 16,7). Aux disciples qui avaient été témoins d'une vie donnée, d'une vie profondément humaine, d'une vie profondément remplie de Dieu en la personne de Jésus, l'Esprit Saint était promis. Ainsi, les disciples pouvaient espérer, grâce à l'Esprit de Dieu, devenir comme leur Maître.
« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que je fais; il en fera même de plus grandes, parce que je vais au Père ». (Jn 14,12)
Espérer devenir comme une personne que l'on admire pour sa qualité de vie exceptionnelle, quel idéal de vie!
Si on retourne aux sources du christianisme, notamment par le biais des écrits du Nouveau Testament, nous découvrirons comment les premiers chrétiens, à la suite des apôtres, ont expérimenté la présence et l'action de l'Esprit du Ressuscité.
Découvrir combien le dynamisme de l'Église primitive était redevable à la force de l'Esprit Saint, c'est également prendre conscience que le même Esprit est toujours à l'œuvre, gage d'un christianisme renouvelé que nos contemporains espèrent tant.
« C'est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé! » (Lc 12,49)
Tout le monde fait des projets ou prend des résolutions. Chose facile. Je vais faire ceci... je vais faire cela... Les mettre en œuvre, les incarner, voilà qui est d'un tout autre ordre. ça prend de l'énergie, de la force, du dynamisme, la volonté de surmonter les obstacles qui obligatoirement se mettront sur notre route.
Les apôtres, qui avaient connu cet être exceptionnel qu'est Jésus de Nazareth, voulaient en témoigner. En termes d'aujourd'hui, disons qu'ils caressaient ce projet. Cependant ils en étaient incapables : par manque d'énergie, de force ou de dynamisme... la crainte d'être persécuté ayant le dessus sur eux.
« Mais vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre » (Ac 1,8)
Il a fallu le don de l'Esprit Saint, après les événements décisifs de la mort et de la résurrection du Christ, pour que les disciples aient le courage de témoigner de ce qu'ils avaient vu et entendu :
« Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils se trouvaient
réunis tous ensemble.
Tout à coup il y eut un bruit qui venait
du ciel comme le souffle d'un violent coup de vent: la maison où ils
se tenaient en fut toute remplie;
alors leur apparurent comme des langues de
feu qui se partageaient et il s'en posa sur chacun d'eux.
Ils furent tous remplis
d'Esprit Saint et se mirent à parler d'autres
langues, comme l'Esprit leur donnait de s'exprimer.
Or, à Jérusalem,
résidaient des Juifs pieux, venus
de toutes les nations qui sont sous le ciel.
A la rumeur qui se répandait,
la foule se rassembla et se trouvait en plein désarroi, car chacun
les entendait parler sa propre langue.
Déconcertés, émerveillés,
ils disaient: "Tous
ces gens qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens?
Comment se fait-il
que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle?
Parthes, Mèdes
et Élamites, habitants de la Mésopotamie,
de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l'Asie,
de la Phrygie
et de la Pamphylie, de l'Égypte et de la Libye cyrénaïque,
ceux de Rome en résidence ici,
tous, tant Juifs que prosélytes,
Crétois et Arabes, nous
les entendons annoncer dans nos langues les merveilles de Dieu."
Ils étaient
tous déconcertés, et dans leur perplexité ils
se disaient les uns aux autres: "Qu'est-ce que cela veut dire? » (Ac 2,1-12)
L'Esprit est à la base de l'envoi en mission. La décision de témoigner du Christ est don de Dieu. C'est le Christ lui-même, par son Esprit, qui suscite le désir et donne la force.
Voyons quelques exemples de la présence dynamisante de l'Esprit au sein de l'Église naissante :
Selon le livre des Actes des Apôtres, l'Esprit fut pour la première communauté chrétienne une source d'initiative et de créativité, un dynamisme à la base de l'élan missionnaire et de l'expansion de l'Église hors des sentiers battus du judaïsme.
À l'exemple de l'Église primitive, l'Église contemporaine est appelée à être dynamisée par l'Esprit, à être inventive et créatrice de chemins nouveaux, au service de la mission.
Pour l'apôtre Paul, tout ce qui est le propre de la vie chrétienne tombe sous l'influence de l'Esprit du Christ.
L'Esprit est le fondement même de la vie chrétienne :
Toutes les réalités de l'existence chrétienne (et par le fait même d'une vie « authentiquement humaine ») sont le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, esprit de service, bonté, confiance, douceur, maîtrise de soi (Ga 5,22-23).
Pour Paul, la vie chrétienne se définit essentiellement comme une vie dans l'Esprit (Ga 5,25).
Notons que nos contemporains manifestent souvent le désir d'une vie « authentiquement humaine » caractérisée par des valeurs de justice, de respect, de partage et de relations humaines authentiques.
Sans trop le savoir, ils aspirent à une vie « selon Dieu », bref, à une vie dans « l'Esprit du Christ ». Comme quoi les aspirations de l'apôtre Paul ne sont pas si éloignées qu'il n'y paraît à première vue, des aspirations de bon nombre de nos contemporains.
Alors que malheureusement certaines personnes ont pu avoir été délaissées ou rejetées par un ou des parents, une chose est sûre : Dieu nous aime d'un amour sans faille. Père? Mère? L'amour de Dieu ressemble à celui des parents exemplaires tout en le surpassant infiniment.
Un jour, l'apôtre Paul adressa une lettre aux Galates pour leur parler de ce grand mystère.
En voici quelques extraits :
« Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d'une femme, né sujet de la Loi » (Ga 4,4)
En la personne de Jésus de Nazareth, le Fils devint « l'un d'entre nous ».
Jamais dans l'histoire humaine Dieu n'avait été aussi proche...
« Afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l'adoption filiale » (Ga 4,5)
L'image de l'adoption est l'acte par lequel des parents donnent à un enfant en difficulté ou abandonné la grâce d'une vie nouvelle, en lui offrant de partager leur propre vie.
En nous « adoptant » comme fils et filles, Dieu nous offre une participation à sa Vie, ce qui nous rend par le fait même pleinement humain. Voici le don, voici le salut, voici le « rachat », voici la libération que nous a valu la mort-résurrection du Christ.
« Désormais, ma vie sera pleine de Toi » (Saint Augustin)
« Et la preuve que vous êtes des fils, c'est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père! » (Ga 4,6)
L'Esprit du Fils nous rend fils et filles du même Père. Il nous fait vivre dans l'intimité de Dieu. On se sent même le désir de s'adresser au Père avec des mots tendres (abba veut dire « papa »).
Avant Jésus, personne n'avait osé s'adresser à Dieu avec le mot « abba » (nom que les enfants donnent à leur père). Seul Jésus, Fils du Père, pouvait parler à Dieu avec cet esprit d'intimité et de familiarité.
Notons que le terme « père » est un terme relationnel : il indique une relation d'amour avec un enfant. Chose étonnante, Jésus aurait pu tout aussi bien employer le terme « maman »!
Les mots « papa » ou « maman » sont des mots humains qui évoquent un certain type de relation. Dieu est à la fois père et mère, et même au-delà! Pourquoi craindre avec un tel Dieu d'amour?
« Vous n'avez pas reçu un esprit qui vous rende esclaves et vous ramène à la peur, mais un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs et par lequel nous crions: Abba, Père » (Rm 8,15)
« Aussi n'es-tu plus esclave mais fils; fils, et donc héritier de Dieu » (Ga 4,7)
L'Esprit du Ressuscité est le fondement de notre libération, bref, de notre liberté d'être : vie transformée, vie pleinement humaine, vie en Dieu.
L'image de l'héritage est très forte : participant déjà à la vie du Christ dès ici-bas, nous y accéderons pleinement quand nous rejoindrons le Christ dans le Royaume.
« Enfants, et donc héritiers: héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ, puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire » (Rm 8,17)
À considérer ce qui se passe dans le monde, du moins, si l'on s'en remet au regard biaisé des médias, on peut être tenté par le désespoir. L'être humain ne semble pas être nécessairement promis à un avenir meilleur.
Pour les chrétiens, l'humanité a poutant de l'avenir parce que Dieu a ressuscité Jésus d'entre les morts. En lui, Dieu a vaincu les forces du mal et de mort à l'œuvre dans notre monde. En Jésus Christ ressuscité, un avenir définitif nous est promis : l'avènement du Royaume du Père.
Ce bel avenir est déjà mystérieusement présent, un peu comme du bon grain jeté en terre, dans le monde d'aujourd'hui. Par ses décisions et ses actions en vue d'un monde plus juste, plus vrai et plus fraternel, le chrétien contribue à l'avènement de cet avenir qui s'enracine dans l' « ici et maintenant ».
Pour Paul, l'Esprit est celui qui rejoint l'être humain dans ses aspirations les plus profondes à une vie pleine et comblante.
L'Esprit est dès cette terre donneur de vie et principe
de résurrection pour la vie du Royaume.
« Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus Christ d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8,11)
« Mais, comme il est écrit, c'est ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, et ce qui n'est pas monté au cœur
de l'homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment.
En effet, c'est à nous que Dieu l'a révélé par l'Esprit. Car l'Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu » (1 Co 2,9-10)
L'Esprit s'avère donc être une force de résurrection : à la fois appel et dynamisme de dépassement de la mort et de toutes ses limites opprimantes.
L'être humain aspire à vivre en harmonie avec ses semblables, et pourtant, combien cela lui est difficile! Pour tout dire, il éprouve de la difficulté avec ce qui est « autre » ou « différent » de ce qu'il est, aime ou pense.
Pour s'en convaincre, il ne suffit que de prendre connaissance de quelques « nouvelles du jour » par le biais des médias : exclusion, racisme, violence sont au rendez-vous. Très souvent, c'est parce qu'une personne est différente qu'elle est rejetée. Son péché? Ne pas être comme nous.
Et pourtant, il nous semble que tout l'intérêt est là : découvrir un monde « autre » susceptible de nous émerveiller par ses beautés et ses richesses.
Pour Paul, l'Esprit du Ressuscité est celui-là même qui est capable de rassembler et d'unir des personnes différentes.
« Mais tout cela, c'est l'unique et même Esprit qui le met en œuvre, accordant à chacun des dons personnels divers, comme il veut. En effet, prenons une comparaison: le corps est un, et pourtant il a plusieurs membres; mais tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps: il en est de même du Christ. Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit. Le corps, en effet, ne se compose pas d'un seul membre, mais de plusieurs » (1 Co 12,11-14)
Grâce à l'Esprit, l'être humain sort de son isolement.
Sans l'Esprit, la vraie communauté chrétienne n'est pas réalisable, pas plus que la communion des cœurs.
Plusieurs psychologues nous le disent : très souvent
le problème fondamental des personnes qui viennent en consultation
est un problème de « volonté ». Ils
ne savent pas ce qu'ils veulent vraiment; ou s'ils le savent,
il leur manque l'énergie nécessaire pour mener à terme
leurs désirs.
L'Esprit Saint est précisément
Celui qui est Source de « lumière » et de « force » pour
le cœur humain en quête de liberté.
Il est de bon ton dans les pays occidentaux de se croire « libre ». Liberté de choix certes... mais qu'en est-il de la « liberté d'être »?
Pour Jésus, on ne naît pas libre, on le devient : nous sommes appelés à la liberté.
« Jésus donc dit aux Juifs qui avaient cru en lui: "Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres." » (Jn 8,31-32)
Pour l'apôtre Paul, l'Esprit du Christ est la clé de la liberté.
« Car le Seigneur est l'Esprit, et là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Co 3,17)
Pour Paul, l'Esprit est un dynamisme ou une force qui permet à l'être humain de réaliser pleinement ses aspirations à la libération et à la vie. En donnant à l'être humain le goût des valeurs libératrices du Royaume, l'Esprit lui donne en même temps la capacité de les atteindre progressivement et toujours plus pleinement.
L'Esprit est un principe intérieur qui peut devenir en chacun désir, goût, dynamisme et amour. Il devient liberté et libération, dans et par l'amour (Ga 5,13).
Croire en l'Esprit c'est finalement expérimenter que la force qui peut nous libérer et nous réaliser pleinement se trouve en nous, au cœur de nos aspirations à la joie, au bonheur et à la vie.
L'Esprit Saint : Vie de notre vie, Cœur de notre cœur, Initiative de nos initiatives.
Pour Paul, les différents dons de l'Esprit sont donnés en vue du bien commun et doivent contribuer à l'unité de la communauté chrétienne (1 Co 12,7; 12,12-13).
De plus, les dons spirituels les plus importants ne sont pas les dons « tape à l'œil », exceptionnels ou prodigieux mais plutôt les dons les plus fondamentaux pour l'existence chrétienne : l'amour véritable (agapè) accompagné de la foi et l'espérance (1 Co 13). Il s'agit là d'une voie supérieure au sein du christianisme.
Les charismes sont au service de l'amour véritable, sinon ils perdent leur sens.
Enfin, Paul ne place pas l'action de l'Esprit d'abord dans les phénomènes spectaculaires ou miraculeux, mais au centre de la vie chrétienne, dans ce qu'elle a de normal et de quotidien. C'est constamment que le chrétien doit vivre dans l'Esprit Saint (Ga 5,25) car l'Esprit habite en lui (Rm 8,9-11).
Il s'agit d'une vie caractérisée surtout par l'amour agapè, la joie, la paix, la bonté et la confiance (Ga 5,22). Seul ceux qui ont expérimenté cette joie et cette paix profondes conférées par l'Esprit peuvent comprendre le prix inestimable du don de l'Esprit.
Alors que les médias font miroiter en termes d' « avoir » mille et une promesses de bonheur, nous pressentons bien pourtant que le vrai bien-être ne saurait se passer d'un renouvellement du cœur humain!
Les prodigieux progrès dans les domaines techniques et scientifiques n'apportent pas nécessairement le bonheur tant recherché. Le partage des ressources, le sens de la justice et le don de soi, voilà autant de réalités spirituelles dont notre monde a besoin.
Il permet au chrétien d'établir avec Dieu des relations d'intimité, de confiance et d'amour. Il révèle de l'intérieur le vrai Visage de Dieu : un Dieu proche, respectueux et miséricordieux.
Initiative de nos initiatives, l'Esprit est capable de faire surgir de nouvelles formes de vie humaine et chrétienne en conformité avec l'Évangile et signifiantes pour le monde d'aujourd'hui.
Une vie chrétienne, une vie authentiquement humaine, est une vie dans l'Esprit.
Tout comme le Christ lui-même, le chrétien est appelé à exaucer les vœux de vie, de paix, de joie, d'initiative, de créativité et de don de soi qui montent du plus profond de son cœur, là où bat le Cœur de Dieu, par son Esprit.