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Rodolfo Felices Luna
27 janvier 2007
Aperçu
5e d'une série de 10 chroniques sur les défis des premières communautés chrétiennes à la lumière du Nouveau Testament.
Rodolfo Felices Luna est docteur en théologie (spécialisé en études bibliques).
Il assure une formation aux catéchètes de diocèse de Gaspé. Il est également professeur associé à la faculté de théologie, d'éthique et de philosophie de l'Université de Sherbrooke.
Les apôtres et les premiers disciples étaient conscients que la croix de Jésus se dressait aussi devant eux, s'ils acceptaient de prendre à leur compte la mission de Jésus.
Avant d'être une institution, l'Église était un mouvement avec une cause à défendre : celle des pauvres et des laissés-pour-compte.
Les premiers chrétiens étaient, à l'image de leur Seigneur, des prophètes du Règne de Dieu. La fraternité de prière qu'ils formaient se voulait une contestation de l'ordre du monde, où les meilleurs et les plus grands se réservent les meilleures places, alors que les petits du peuple n'ont que le miettes de la table, ou qu'ils en sont tout simplement exclus.
Qui dit « Règne de Dieu » dit « contestation des injustices et des inégalités du Règne des hommes puissants ».
Or, nous savons tous le sort que réservent les puissants aux contestataires... Des difficultés, du harcèlement, de la discrimination, des mauvais traitements et parfois jusqu'au martyre sont à prévoir pour les apôtres, tout comme pour nous, si nous prenons à cœur notre mission de baptisés.
En tant que nouvelles têtes du mouvement de Jésus, les apôtres sont réprimandés par les autorités de Jérusalem (Ac 4,1-31; Ac 5,17-42). Le Sanhédrin les convoque, les menace et leur ordonne de se taire. En guise d'avertissement, les apôtres sont emprisonnés (Ac 4,18) et battus (Ac 5,40). Libérés, les apôtres sont « tout joyeux d'avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le Nom » du Seigneur Jésus (Ac 5,41).
Méditons un instant sur ce dernier verset. Il y a quelque chose d'assurément troublant pour nous dans le fait que les apôtres se réjouissent d'être persécutés. Cela implique que notre fidélité à l'Évangile se mesure à même le malheur que nous attirons sur nous de la part des puissants. Si les autorités de ce monde injuste nous laissent prier tranquilles et ne nous prennent pas au sérieux, c'est que nous avons raté notre coup...
En effet, cela veut dire que notre foi ne dérange en rien les grands de ce monde qui exploitent les petits. Or, la Bonne Nouvelle qui nous est confiée est précisément que Dieu renverse les puissants de leurs trônes et qu'Il élève les humbles, qu'Il comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides (Lc 1,52-53).
Si notre prière, notre fraternité, notre parole et nos actions (les quatre axes de la mission) ne contribuent pas à renverser le Règne des hommes puissants à la faveur du Règne de Dieu, c'est donc que nous aurons failli à notre mission.
L'Église véritable, mue par l'Esprit de Jésus, ne tolère jamais le statu quo.
La foi engagée des apôtres attire de nouveaux disciples parmi les juifs à Jérusalem, selon le récit du livre des Actes.
C'est dire que la prière, la parole, la fraternité des apôtres, ainsi que leurs gestes, font du sens pour de nombreux fidèles juifs, en dépit de la réprobation des autorités respectées.
Sans le savoir, la petite Église de Jérusalem s'achemine doucement vers son premier carrefour... un changement majeur se dresse à l'horizon! En effet, « l'affaire Jésus », une affaire palestinienne locale, va vite devenir une affaire méditerranéenne mondiale. Des juifs vivant à l'étranger, venus en pèlerinage à Jérusalem, embrassent la foi chrétienne et l'amènent chez eux de retour. En route, Pierre!