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L’origine du mal
Le péché originel revisité

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La perspective de saint Paul

La solidarité avec le Christ dans le salut

Christ ressuscitéPour sa part, saint Paul fera directement référence au péché d’Adam dans l’épître aux Romains, chapitre 5, versets 12-21. Voyons les versets 12 et 17 :

« Voilà pourquoi, de même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a atteint tous les hommes parce que tous ont péché… Car si  par un seul homme, par la faute d’un seul la mort a régné, à plus forte raison, par le seul Jésus Christ, régneront-ils dans la vie ceux qui reçoivent l’abondance de la grâce et du don de la justice ».

Paul partage l’interprétation juive de son temps sur les conséquences du péché d’Adam. Dans ce passage, Paul n’a manifestement pas l’intention de prouver l’existence du péché originel. Il se sert d’une croyance communément admise dans son temps pour expliquer le salut en Jésus Christ. La solidarité avec Adam souligne en creux, et comme en repoussoir, la solidarité avec le Christ dans le salut. L’épître aux Romains chapitre 5 est un enseignement christologique et non un énoncé sur le péché originel.

La foi de Paul en la puissance du Christ

Paul ne parle donc de la solidarité avec Adam dans la péché et dans la mort que pour souligner une autre solidarité beaucoup plus importante, celle de toute l'humanité avec le Christ, chef de file de toute l'humanité appelée au salut.

L'Apôtre est bien sûr très conscient des forces de mal et de mort qui rongent l'humanité. Il n'essaie pas de taire cette réalité. Mais dans son expérience personnelle de foi, il sait que le Christ est lui-même une force beaucoup plus grande qui va finalement faire triompher l'amour et la vie sur la haine et la mort. Cette page de la littérature paulinienne est traversée d'une espérance aux dimensions du monde et de l'histoire globale de l'humanité. Paul croyait profondément en la force transcendante du Christ ressuscité à l’œuvre dans l’histoire humaine.

Appel du « vieil homme » - Appel du Christ

Deux forces opposées sont donc à l'oeuvre dans l'humanité et dans la société. Mais elles sont aussi présentes en chaque personne. Au plan profond de son être, chacun de nous a sans doute déjà expérimenté la sollicitation de deux forces contraires qui l'appelaient dans des directions tout à fait opposées.

D'un côté, tentation de se refermer sur soi dans une existence d'égoïsme, d'exploitation des autres, de puissance tyrannique. Tentation d'autosuffisance. Tentation du péché, au sens profond du terme. C'est là l'appel du "vieil homme" en nous, comme se plaisait à le dire saint Paul (Rm 6,6). Germes de mal et de mort en nos vies (Rm 7,24).

Mais de l'autre côté, la force du Christ et de l'Esprit en nous, pour une existence ouverte sur l'amour, le don de soi, la fraternité, la vie. Dynamisme de dépassement des limites frustrantes de notre humanité; appel à franchir le mur opaque de la mort. C'est ce que Paul appelle "revêtir l'Homme nouveau" (Ep 4,24), l'homme appelé à la libération totale.

Le péché « dit originel » selon Saint Augustin

Paul n’a pas évoqué un péché originel à proprement parler. C’est saint Augustin au quatrième siècle qui a parlé d’un péché originel dans son interprétation de Rm 5, 12-21. Il partait alors du texte latin de la Vulgate qui présentait une traduction erronée ou du moins contestable de ce même passage. Il était question « d’Adam en qui tous ont péché ». Cette traduction n’est plus retenue dans l’exégèse contemporaine. D’ailleurs, comment le Dieu de Jésus Christ aurait-il pu entacher toute l’humanité d’une faute commise par un premier couple au début de l’humanité?

Ce n’est pas ainsi que Jésus a présenté Dieu son Père. Une telle perspective est en contradiction avec la notion d’un Dieu plein de tendresse et d’amour.

Un héritage de vie dans le Christ

D'après Rm 5,12-21, tout homme reçoit, du fait de sa naissance dans la condition humaine, un héritage de grâce et de vie plus fort que ne peut l'être l'héritage de mal et de mort dont il écope. Cet héritage « christique » est constitué de toutes les valeurs de bien et de vie qui peuvent se rencontrer dans la vie présente en tant que cette dernière est déjà le Royaume en voie de réalisation. Cependant, un tel héritage de vie ne s'épanouit pas automatiquement, i.e. sans la collaboration libre de l'homme et sans son rattachement au Christ, source de toute « création nouvelle » (2 Co 5,17).

Être chrétien, c'est se laisser pénétrer ici et maintenant par le dynamisme de résurrection et de vie issu du mystère de la Pâque du Seigneur. C'est accepter en soi, par don du Père, une nouvelle possibilité d'existence, une nouvelle réalisation de son être profond. C'est accepter que l'Esprit du Seigneur transforme son quotidien pour le faire déboucher sur ce que Paul appelle le fruit de l'Esprit : une existence marquée par l'amour, la joie, la paix, la bonté, la bienveillance, la douceur, la sérénité intérieure (cf. Ga 5,22-23).

Ceux qui ont expérimenté de tels biens savent qu'ils possèdent déjà en eux l'héritage du Seigneur et que c'est là un avant-goût de la vie du Royaume.

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