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Francine Robert
14 mars 2005
Aperçu
4e article d'une série de 6 qui se proposent d'explorer, en lien avec la culture contemporaine, des grands thèmes de l’Évangile de Matthieu.
Nota Bene - Ce texte a paru en Juin 1998 dans la Revue Prêtres et pasteurs; il a été adapté pour le médium Internet par le Service catéchétique viatorien.
Jésus vient accomplir la Loi et les prophètes (Mt 5,17s). À l'exemple des prophètes qui revivifiaient et actualisaient constamment la Loi contre les légalismes qui la figeaient, Jésus rappelle le sens profond de la Loi :
Un constat, notre société moderne est plus sensible au langage des valeurs qu'à celui de la loi :
Le langage du Sermon sur la Montagne est celui de la Loi : faites, ne faites pas. Comme d'autres enseignements dans Mt, sa forme reflète bien son enracinement socio-historique. Heureusement, ce Sermon contient ses propres antidotes à toute réduction légaliste.
« Il est écrit, moi je vous dis », entendez par là, « vous répétez des règles de loi précises et limitées, je vous propose le vaste horizon du rêve de Dieu sur vous. »
Au fait, les énoncés du Sermon brisent l'étroitesse des lois car c'est bien la perfection dans l'amour qui est visé : « vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».
Nul ne peut se dire « je suis pleinement en règle » :
Ce qui nous est demandé, maintenir en nous l'appel du « projet de Dieu » : ce levain dynamique du Règne qui fermente dans la vie et le cœur des humains.
Pour Mathieu, la loi ne passera pas. Pour l'Évangéliste, la « justice » du chrétien n'a rien à voir avec une mentalité légaliste à l'instar de certains pharisiens du temps. « Accomplir la Loi et les prophètes », c'est :
L'humanité, celle dont Dieu rêve, n'est vraiment elle-même que lorsqu'elle aime. Une humanité dans laquelle Dieu fait toujours et encore advenir son Règne, gage d'humanisation de notre monde.
Dans cette perspective, les appels radicaux du Sermon sur la Montagne constituent une Bonne Nouvelle sur nous-mêmes et sur Dieu. Bonne Nouvelle apte à mobiliser, à donner un regard d'espérance sur le monde et une orientation de l'agir. Croire dans le Règne de Dieu, c'est déjà « y entrer » activement.
La « morale » du Sermon est la mise en actes de ce que l'on croit :
« Non pas qui dit « Seigneur, Seigneur » qui entrera dans le Règne, mais qui fait la volonté de mon Père » (Mt 7,21).
Mt pose ainsi en équivalence « que votre justice surabonde » et « faire la volonté du Père ». La justice du Père et du Règne, c'est la miséricorde et la compassion (Mt 6,30-33).1 La perfection que Jésus incarne et propose d'imiter c'est la compassion de Dieu, qui prend sur lui nos faiblesses et ôte nos souffrances (Mt 8,17); c'est sa capacité infinie à aimer. L'imiter, c'est aimer de la même compassion active les plus mal pris d'entre nous.
Les chrétiens qui accueillent cet appel se retrouvent en complicité profonde tant avec les prophètes anciens qu'avec les aspirations modernes à une justice sociale concrète.
Il revient aux disciples de la Bonne Nouvelle de manifester leur propre croire en actes de solidarité. Et aussi de nommer l'espérance qui les fait agir en termes crédibles pour le monde.
Ce que Jésus fait lui-même : après le Sermon sur la montagne, Matthieu regroupe 10 récits de miracle, gestes de salut concret pour les mal-pris de son temps (Mt 8;9). C'est le couple Parole/Actes : il proclamait l'Évangile du Règne, guérissant toute maladie et toute faiblesse.