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L’Église persiste à vivre la mission
Au commencement était... le changement!

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Rodolfo Felices Luna
15 mai 2007

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10e d'une série de 10 chroniques sur les défis des premières communautés chrétiennes à la lumière du Nouveau Testament.

Rodolfo Felices Luna est docteur en théologie (spécialisé en études bibliques).
Il assure une formation aux catéchètes de diocèse de Gaspé. Il est également professeur associé à la faculté de théologie, d'éthique et de philosophie de l'Université de Sherbrooke.

La rupture définitive entre juifs et chrétiens fut un événement douloureux. Avec raison, nous n'avons pas de fête au calendrier liturgique pour célébrer l'accès à l'autonomie de la religion chrétienne.

Les chrétiens d'origine juive en particulier ont vécu l'éprouvant traumatisme de se faire expulser de la Synagogue par ceux qu'ils voyaient comme leurs confrères.

Traités de traîtres et d'hérétiques, les chrétiens d'origine juive ont dû faire un choix douloureux entre leur appartenance à l'Église et leur appartenance à la Synagogue. Il y en a qui sont restés juifs, croyant au Christ dans leur for intérieur (Jn 12,42). D'autres ont fait le saut périlleux de la confession ouverte et de l'excommunication (Jn 9,24-34).

Symbole du poisson (cf. image ci-dessus)

Durant les premiers siècles, surtout durant les persécutions, les chrétiens utilisaient le symbole du poisson pour se reconnaître entre eux sans attirer l’attention des autres. De cette manière ils symbolisaient leur appartenance au Christ.

En effet, chacune des lettres qui compose le mot poisson en grec donne, en acrostiche, le nom et le titre du Christ, c'est-à-dire « Jésus Christ de Dieu le Fils Sauveur », soit ICHTUS, Iéssous Christos Théou Uios Sotèr.

Le poisson fait également allusion à l’épisode évangélique de la multiplication des pains et des poissons par le Christ, ainsi qu’à la parole de Jésus aux premiers apôtres : « vous serez pécheurs d’hommes »

Source : http://seigneurjesus.free.fr/symboleschretiens.htm

Une religion illicite en quête de reconnaissance

Tant que le christianisme était toléré comme un mouvement juif par les juifs, l'Église bénéficiait de la légitimité du judaïsme aux yeux des autorités civiles. En effet, la liberté de culte n'existait pas vraiment dans l'empire romain. Tous les peuples conquis devaient se soumettre au culte publique des dieux romains, voire même à l'adoration de l'empereur, vu comme un dieu.

Les juifs avaient obtenu une exemption notable à ce sujet, compte tenu qu'ils étaient monothéistes.

Mais les romains n'étaient pas disposés à étendre le régime d'exception à n'importe quelle nouvelle religion à la mode, surtout pas à une religion qui prônait le « Règne de Dieu » à l'encontre du « Règne de César ». Après la rupture avec le judaïsme, le christianisme est donc passé par une période de clandestinité et de persécution qui s'est étalé au moins sur deux siècles. C'est l'époque des catacombes et des martyrs.

Ce n'est qu'en 313 A.D. que l'empereur Constantin a permis officiellement la foi au Christ au sein de l'empire. L'œuvre de saint Luc, Évangile et Actes des Apôtres, est une tentative de redonner ses lettres de noblesse à la foi chrétienne, pour un monde qui la voyait plutôt comme une vile superstition.

Retard de la parousie et organisation ecclésiale

Les premiers chrétiens, dont saint Paul lui-même, croyaient au prompt retour du Seigneur Jésus (la parousie).

Les années passant, les disciples des apôtres, désenchantés, ont dû repenser l'espérance chrétienne et peaufiner l'organisation ecclésiale pour mieux durer au sein d'une société hostile, pendant une absence prolongée du Christ.

Les lettres aux Colossiens, aux Ephéssiens, ainsi que les pastorales (1-2 Timothée, Tite), ou encore 1-2 Pierre, sont consacrées entre autres choses à mettre en place une structure hiérarchique viable, fiable et durable au sein des communautés chrétiennes orphelines.

Il faut tout repenser les ministères, les rôles, les relations entre communautés, la prise en charge de la mission... Ce sont les chrétiens des deuxième et troisième générations qui ont dû jeter les bases de l'Église institution. Les mouvements s'essoufflent, s'ils ne sont pas supportés par une structure qui canalise les énergies et qui assure la transmission de l'héritage. Gros changement, fièrement assumé.

L'héritage des apôtres

Avec cette parution, la chronique prend fin. J'espère qu'elle aura mis en évidence les formidables changements auxquels les premiers disciples du Christ ont dû faire face, courageusement, avec foi, remplis d'espérance en l'avenir de l'Église.

J'ose espérer que ce merveilleux héritage qu'est l'exemple des apôtres saura stimuler nos engagements au nom de notre baptême.

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