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Jacques Houle, c.s.v.
3 février 2010
Aperçu
Si le gris de la cendre évoque aisément la mort et l'ennui, n'oublions jamais que Dieu peut en faire surgir la vie.
Un geste inusitéMais pourquoi donc? Pourquoi se barbouiller le front ou la tête avec de la cendre? Pourquoi, une fois par année, un certain mercredi, poser ce geste pour le moins inusité et se faire dire :
« Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière... » , ou encore : «Convertis-toi... » ou plus simplement : « Reçois ces cendres, elles disent ton désir de vivre le Carême... »?
Le signe a pourtant une longue histoire. Les cendres veulent évoquer la poussière et la terre d’où l’on vient. Mais pourquoi?
Le grand livre des Écritures à peine ouvert, l’évocation de la poussière nous renvoie aux origines du monde. Dans le premier récit de la création de l’univers et de l’humanité, il est dit que « nous sommes poussière et que nous y retournons » (Gn 3,19).
D’ailleurs, en fonction des traductions possibles, les textes évoquent la poussière, la terre ou l’argile (adamah en hébreux) dont est fabriqué le premier humain. Le nom qui lui est donné, Adam, c’est-à-dire « le terreux », « le poussiéreux », s’y réfère directement. Quant à la cendre, elle a précisément la propriété d’évoquer la poussière primordiale.
Tout en rappelant la fragilité des origines, l’image s’est élargie et en est venu à suggérer tantôt le deuil, tantôt la représentation du péché tout comme celle du repentir.
Ainsi dans le Livre d’Esther (4,1) on raconte que « Mardochée, ayant appris tout ce qui se passait (l’extermination de son peuple a été planifiée), déchira ses vêtements, s'enveloppa d'un sac et se couvrit de cendre. Puis il alla au milieu de la ville en poussant avec force des cris amers. »
Dans l’évangile de Matthieu la perspective est différente. Pensant aux villes de Chorazin et de Bethsaïde qui ne se sont pas converties après son passage, Jésus dit : « Si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu'elles se seraient repenties, en prenant le sac et la cendre » (Mt 11,21).
Ainsi le geste de se couvrir de cendre est riche de plusieurs sens. D'ailleurs, dans la tradition chrétienne on fait allusion aux cendres en employant le pluriel. Inspiré des Écritures, il traduit le désir de se montrer devant Dieu à la fois, fragile, comme aux origines du monde et pécheur, les deux attitudes conduisant tout naturellement à implorer la miséricorde du Seigneur.
Notre Mercredi des Cendres trouve là tout son sens et met en perspective le temps de grâce qu’est le Carême. N’est-il pas là pour nous aider à reconnaître nos limites et nos fragilités? Ne nous est-il pas offert pour s’ouvrir davantage au pardon et à la miséricorde?
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