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Le Christ philosophe (2e partie)
L'éthique du Christ

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Robert Madore (présenté par)
23 octobre 2009

Aperçu
Deuxième article d’une série de trois - « Le Christ philosophe » est un excellent ouvrage qui nous aide à comprendre l’héritage du christianisme, son éthique à portée universelle ainsi que son rôle dans l’avènement de l’humanisme moderne.

LENOIR, Frédéric, Le Christ philosophe, Plon, 2007, 306 p.

Frédéric Lenoir est philosophe, historien des religions et chercheur associé à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris. Directeur du magazine « Le Monde des religions ».

Deuxième article d’une série de trois qui se propose de présenter quelques morceaux choisis de l’excellent livre de Frédéric Lenoir que nous vous conseillons grandement.

Éthique du Christ

Égalité

Le Christ philosopheComme le souligne Frédéric Lenoir, les Évangiles nous montrent un Jésus qui s’intéresse à la personne même, crée par Dieu et voulue pour elle-même. L’autre, quel qu’il soit, est mon « prochain » et digne de valeur. (p. 72)

Dans la Parabole du bon Samaritain (Lc 10,29-37), Jésus donne en exemple le comportement d’un Samaritain (personne considérée de « moindre valeur » aux yeux des Juifs), tout en illustrant la manière dont on devrait se comporter à l’égard de toute personne.

Mais lui, voulant montrer sa justice, dit à Jésus : "Et qui est mon prochain?"
Jésus reprit : "Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, il tomba sur des bandits qui, l'ayant dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à moitié mort.
Il se trouva qu'un prêtre descendait par ce chemin; il vit l'homme et passa à bonne distance.
Un lévite de même arriva en ce lieu; il vit l'homme et passa à bonne distance.
Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de l'homme : il le vit et fut pris de pitié.
Il s'approcha, banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin, le chargea sur sa propre monture, le conduisit à une auberge et prit soin de lui.
Le lendemain, tirant deux pièces d'argent, il les donna à l'aubergiste et lui dit : Prends soin de lui, et si tu dépenses quelque chose de plus, c'est moi qui te le rembourserai quand je repasserai.
Lequel des trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme qui était tombé sur les bandits?"
Le légiste répondit : "C'est celui qui a fait preuve de bonté envers lui." Jésus lui dit : "Va et, toi aussi, fais de même."

Liberté de choix et responsabilité

L’idée de la « destinée », où une « volonté souveraine » réglerait d’avance tout ce qui doit être, existe depuis belle lurette. Cette idée a encore cours aujourd’hui.

Jésus refuse cette idée d’un destin sans place pour la liberté de choix. Il pense au contraire que l’être humain a la possibilité de faire des choix fondamentaux qui vont avoir des impacts significatifs sur sa propre vie et celle des autres. (p. 74)

À titre d’exemple, ce texte de l’Évangile de Matthieu présuppose que l’être humain a la possibilité de changer son regard :

Homme au jugement perverti, ôte d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l'œil de ton frère. (Mt 7,5)

Et c’est sans compter les multiples appels au changement lancés par Jésus. Tout n’est pas décidé d’avance. L’être humain est responsable. L’être humain peut se convertir.

Liberté de choix versus tradition

Jésus a du respect pour la tradition, et pourtant il ne la « sacralise » pas. De fait, il n’hésite pas à critiquer certaines choses que la tradition enseigne, appelant ainsi chaque croyant à opérer un discernement critique. (p. 75)

Il remplace la loi du talion par celle de la main tendue, et à l’amour du prochain il ajoute celui de l’ennemi. Il s’élève contre l’ostentation dans l’attitude des religieux et appelle, au contraire, à la prière dans le secret. (p. 75)

Jésus invite à faire preuve de discernement. Même certains impératifs de règles religieuses préétablies peuvent être questionnés; l’important étant de devenir « juste », en conformité à sa conscience individuelle (elle-même sans cesse à éclairer).

« Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l'homme impur; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l'homme impur. » (Mt 15,11), dit-il en opposant les strictes lois de pureté alimentaire à celles, encore plus exigeantes, d’une éthique personnelle. (p. 75)

Jésus cherche donc à émanciper l’individu du poids de la tradition et du groupe qui pourraient devenir contraignants, et ce, pour valoriser la liberté de choix en conformité avec la conscience personnelle.

En des termes d’aujourd’hui, nous pourrions dire que Jésus appelle l’être humain à prendre le chemin de « l’humanisation », et ce, par un judicieux exercice de sa liberté de choix.

Émancipation de la femme

Femme en pleurs Il faut savoir quelle était la condition de la femme au temps de Jésus, tant sur les plans civil que religieux, pour mesurer combien était exceptionnelle l’attitude de Jésus à l’endroit de celle-ci.

Au contact de Jésus, les femmes acquièrent une reconnaissance et une liberté peu communes, puisque à ses yeux, elles sont égales des hommes. (p. 78)

À témoin, ce texte tiré de l’Évangile de Jean où Jésus prend la défense d’une femme, et ce, en s’opposant à un aspect de la Loi de Moïse ainsi qu’à des scribes et pharisiens qui veulent la faire mourir :

Les scribes et les Pharisiens amenèrent alors une femme qu'on avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe.
"Maître, lui dirent-ils, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère.
Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu?"
Ils parlaient ainsi dans l'intention de lui tendre un piège, pour avoir de quoi l'accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer du doigt des traits sur le sol.
Comme ils continuaient à lui poser des questions, Jésus se redressa et leur dit : "Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre."
Et s'inclinant à nouveau, il se remit à tracer des traits sur le sol.
Après avoir entendu ces paroles, ils se retirèrent l'un après l'autre, à commencer par les plus âgés, et Jésus resta seul. Comme la femme était toujours là, au milieu du cercle,
Jésus se redressa et lui dit : "Femme, où sont-ils donc? Personne ne t'a condamnée?"
Elle répondit : "Personne, Seigneur", et Jésus lui dit : "Moi non plus, je ne te condamne pas: va, et désormais ne pèche plus." (Jn 8,3-11)

Justice sociale

Comme le souligne Frédéric Lenoir, l’idée centrale du message évangélique n’est pas l’interdiction ou le mépris de la richesse, mais la nécessité du partage. Jésus dénonce ceux qui accumulent les richesses sans se soucier des pauvres qui vivent à leurs portes. (p. 80)

  • « Donne à qui te demande » (Mt 5,42)
  • La parabole de Lazare et de l’homme riche (Lc 16,19ss)
  • Etc.

Dès la naissance des premières communautés chrétiennes, la pratique de la charité deviendra l’un des principaux signes distinctifs des disciples du Christ. (p. 81)

« Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35)

Séparation des pouvoirs

De tout temps, les religions ont été tentées de confondre les champs du religieux et du politique. Convaincu d’avoir la « bonne religion », on peut être tenté d’instrumentaliser le pouvoir politique afin d’imposer ses vues. L’islam, tel que vécu dans plusieurs pays de la planète, n’hésite pas notamment à se servir de l’État pour faire la promotion de la loi islamique (charia), et ce, pour l’ensemble des citoyens.

Ceci dit, cela ne veut pas dire que le croyant ou citoyen ne doit pas faire la promotion, tant sur les plans social et politique de valeurs qui sont au service de l’humanisation de la société, bien au contraire! Il y a une société à bâtir et on ne peut se contenter de vivre une « religion de sacristie ».

Les démocraties occidentales ont compris notamment que, tout en faisant la promotion d’un « corpus » de valeurs humaines fondamentales, l’appareil politique ne saurait se mettre au service d’une religion en particulier et de ses multiples pratiques, lois et croyances, et ce, sans porter atteinte aux droits et convictions d’autres citoyens. C’est le concept dit de la « laïcité ».

Le message de Jésus est en fait une dénonciation de la confusion entre les champs du religieux et du politique, inconciliables selon lui. C’est dans cette optique que Jésus demande à voir une pièce d’argent avant de se positionner sur la légitimité du paiement de l’impôt à César. (…) Il refuse que la foule en fasse un roi et affirme à Pilate qui lui demande s’il est le roi des Juifs : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18,36) (p. 83)

Non-violence et pardon

Jésus entend en effet faire comprendre à ses interlocuteurs que la violence est un cycle qui s’alimente en permanence de la réaction de l’autre. Ce cycle infernal de la violence fonctionne tant au niveau individuel que collectif. (p. 84)

Jésus dit de manière radicale qu’il ne faut jamais répondre à une provocation. Qu’il faut même avoir l’attitude exactement inverse de celle qu’attend notre agresseur. Il n’y a pas de meilleure manière de le désarmer. Et la non-réponse à la violence révèle le mensonge de l’agresseur. (p. 85)

Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5,43-35)

« Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,33)

Amour du prochain

« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux » (Mt 7,12; Lc 6,31)

Réservée par les Grecs aux amis et aux classes supérieures, par les Juifs aux membres du peuple élu, la « règle d’or » devient avec Jésus, du fait de la conception qu’il a de la personne, un principe qui régente les relations de tous les êtres humains entre eux, au-delà des classes, des ethnies, des sexes, de l’âge et des autres caractéristiques extérieures. (p. 88)

Pour Frédéric Lenoir, la découverte de l’Évangile de Jean a été pour lui un éblouissement qui l’a fait apercevoir la modernité et l’universalité d’un message qui dépasse de très loin le cadre culturel dans lequel il est né et s’est développé. (p. 16)

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