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Robert Madore (présenté par)
11 juin 2009
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1er article d’une série de deux - Dans « La messe en questions », Denise Lamarche aborde les grandes questions que se posent les adultes, jeunes ou moins jeunes, pratiquants ou non, au sujet de la messe. Tout en s’appuyant sur une solide réflexion théologique, l’ouvrage se situe sur le plan pastoral et permet de faire le point sur les différents aspects de l’eucharistie.
LAMARCHE, Denise, La messe en questions (1ère partie), Bellarmin, 2008, 122 p.
Denise Lamarche, c.n.d., est docteure en théologie et auteure de plusieurs livres et outils pédagogiques qui favorisent la croissance de la foi.
Tout récemment, j’ai assisté à quatre conférences du père Henri Boulad, jésuite, lors de son passage au Canada. Originaire d’Égypte, le père Boulad conjugue profondeur spirituelle, rigueur intellectuelle et sens pastoral.
Il aimait nous rappeler combien il était important que l’Église sache se réinventer et qu’elle sache se mettre au diapason du monde moderne afin que le message de l’Évangile puisse être entendu.
Le père Boulad nous faisait part qu’en Allemagne seulement, plus de 2000 églises avaient fermé leurs portes l’année dernière : pas par manque de prêtres ou de pasteurs, mais par manque de fidèles… (et par conséquent, par manque de fonds monétaires).
Pourquoi une telle désaffectation des églises se demandait le père Boulad? Parce que les gens disent « s’ennuyer à la messe », trouvent que « c’est toujours pareil », que ça « manque de vie » ou que le « langage est trop abstrait ».
(Les exemples suivants sont de Robert Madore)
Ces remarquent vous surprennent ou vous choquent? C’est pourtant ce que plusieurs personnes présentes (et surtout absentes) à la liturgie dominicale expriment, que cela nous plaise ou non. Malheureusement, le fait est que la liturgie qui est conçue notamment pour nourrir la foi et la vie spirituelle du peuple, peine à remplir sa mission aujourd’hui.
En ces jours où les gens participent à la messe sur une base volontaire et où les nouvelles générations sont beaucoup moins présentes que les précédentes, il est important (voire crucial) que l’Église sache se réactualiser et se réinventer.
Au Nouveau-Brunswick, 75% des familles acadiennes inscrivent leurs enfants aux parcours catéchétiques qui s’effectuent en paroisse. Les enfants grandissent sur les plans humain et spirituel dans le cadre de ces parcours catéchétiques, de plus… ils apprécient! Face à ce « succès » notable, l’Église du Nouveau-Brunswick entend maintenant relever un autre défi : celui de la liturgie. Si ce défi n’est pas relevé avec un esprit inventif, tous ces jeunes (ainsi que leurs parents), qui pour l’instant voient l’Évangile sous un œil favorable, risquent de ne plus poursuivre leur cheminement en Église, aux dires des responsables de cette Église locale.
Une catéchèse qui fait vivre les jeunes et les moins jeunes et une liturgie qui ennuie…? Est-ce bien cela que l’on désire pour l’Église?
Denise Lamarche, dans son livre intitulé « La messe en questions », ne prétend pas répondre à toutes les questions et proposer toutes les pistes de renouvellement possibles pour la liturgie… Cependant, elle sait nous initier à l’intelligence de ce grand sacrement qu’est l’eucharistie et nous donner le goût d’oser faire quelques « aménagements » afin que la messe puisse remplir sa finalité : nourrir le peuple de Dieu en marche.
Dans ce présent article, nous nous proposons de présenter quelques pistes inspirées de l’ouvrage de Denise Lamarche, et ce, dans le but de nourrir la réflexion et de donner le goût d’aller plus loin avec l’auteure elle-même.
« Nous ne participons pas à la messe d’abord parce que nous aimons notre Dieu, mais bien parce qu’il nous aime et que nous voulons ouvrir notre cœur à son amour. Se savoir aimés, cela ne change-t-il pas beaucoup notre vie? (…) Si tout amour reçu et reconnu nous fortifie, nous donne confiance en nous-mêmes, nous pousse souvent au maximum de nos possibilités, que dire des effets de l’amour de Dieu dont nous prenons le temps de prendre conscience? » (p. 14-15)
« Faire un dimanche, c’est quitter son quotidien tout en le portant en soi. C’est accepter de sortir de chez soi pour aller ailleurs. C’est partir à la rencontre d’autres personnes qui sont nos frères et nos sœurs et qui veulent rendre grâce à ce Dieu qui les soutient, qui les habite, qui les aime. » (p. 19-20)
Nourrir notre intelligence et notre cœur, voilà notamment un des objectifs de la messe. Ce n’est pas sans rappeler ce que disait le père Boulad dans l’une de ses conférences : la liturgie doit être empreinte de chaleur humaine. L’amour de Dieu passe à titre particulier par le cœur des êtres humains.
Concrètement, cette chaleur humaine pourrait s’exprimer ainsi :
Bref, il s’agit de faire appel à la vue, à l’odorat, à l’ouïe, au goûter et au toucher au sein de la célébration eucharistique.
« La messe n’est pas le déroulement d’un film que nous regardons. Elle est célébration à laquelle nous participons par notre écoute, par notre prière, par nos chants… Elle est rassemblement d’un peuple qui ouvre son cœur à Dieu parce que Dieu le prend par le cœur ». (p. 25)
Voici quelques pistes à explorer afin de favoriser la participation de l’assemblée :
« Qui ne se souvient de l’enseignement du renard au petit prince? « Il faut des rites », lui disait-il. Cela était nécessaire pour qu’il s’habille le cœur en vue d’une amitié toujours à refaire. Et qui pourrait prétendre qu’aucun rite n’est observée dans la vie courante? Les manières de prendre un repas, de se saluer, de rendre visite, (…) Il en est ainsi dans les rassemblements de l’Église et particulièrement en ce qui concerne le rassemblement eucharistique. » (p. 29)
« La liturgie se déroule selon des directives pouvant faciliter chez celles et ceux qui y participent une intelligence des paroles, des silences et des gestes. Cependant, la conscience liturgique est aussi stimulée par la créativité qui peut entourer ces rites. » (p. 33)
Voici quelques suggestions de rites liturgiques assumés dans la créativité…
Le rite d’ouverture peut tenir compte des préoccupations actuelles des personnes au sein de l’assemblée ainsi que de l’histoire qui s’écrit à l’échelle mondiale.
Avant la procession d’entrée, l’animateur ou l’animatrice éveille l’assemblée au sens de la célébration de ce jour. Bref, une introduction toute simple suivie du chant de la procession d’entrée.
« Afin d’éviter la routine, pourquoi ne pas varier? Parfois, avant le chant d’ouverture, un animateur ou une animatrice laïque, et parfois, après la salutation présidentielle de l’assemblée, le prêtre… » (p. 42)
« La procession d’entrée a cette responsabilité de créer l’atmosphère propice à la qualité et au sens de la célébration. On y gagne à ne pas toujours la faire de la même manière. » (p. 43)
« Des enfants peuvent porter des palmes, le dimanche des Rameaux. Des couples peuvent être de la procession si on célèbre des anniversaires de mariage; des personnes malades, si c’est leur dimanche; l’équipe missionnaire, le dimanche des missions… » (p. 44)
« Cette préparation pénitentielle doit nous permettre de nous reconnaître comme étant un peuple de pécheurs pardonnés par Dieu, sauvés par le Christ, soutenus par l’Esprit qui réconcilie. Elle consiste à nous bien situer devant Dieu et à reconnaître déjà sa miséricorde. C’est le Seigneur que nous célébrons déjà et non notre péché. » (p. 49)
Comme l’affirme Denise Lamarche, un « certain malaise nous gagne quand on lui accorde plus d’importance qu’au Gloire à Dieu. Cette préparation pénitentielle peut être présentée librement et avec sobriété. » (p. 49)
Plutôt que des formules du genre « Que Dieu vous pardonne… », comme s’il était possible que Dieu ne nous pardonne pas alors qu’il s’agit au contraire de nous tourner vers Lui et d’accueillir son Amour gratuit, le président pourrait dire une parole semblable à celle-ci : « Reconnaissons Dieu dont l’amour est toujours plus grand que notre péché. »
Dans le « Seigneur prends pitié », le mot « pitié » peut faire problème. De fait, nous avons remarqué que c’est souvent le cas dans l’esprit de bien des gens. On accorde souvent un sens péjoratif au mot « pitié ». Pourtant le « prends pitié » doit être compris comme un appel au Seigneur de qui nous avons besoin. Une formule comme « Seigneur, viens à notre aide » exprimerait beaucoup mieux le « Tout Autre qui veille sur nous et nous relève sans cesse » (p. 49-50).
Il s’agit d’exprimer, par ce rite, l’Église en manque de salut devant son Dieu sauveur, et non pas, une imploration d’un pardon qui serait conditionnel, ce qui trahit l’essence de l’Évangile.
« Il sait que nous sommes d’un peuple de pécheurs, d’un peuple à qui il redit sans cesse sa miséricorde et son pardon. » (p. 18)
Comme le dit l’auteure, « on peut remplacer ce rite par une aspersion de l’assemblée qui fait mémoire du baptême. » (p. 50) Bénir le Seigneur qui nous réitère chaque jour sa miséricorde.
Véritable chant de fête, l’hymne de louange qu’est le Gloire à Dieu est un chant de reconnaissance de l’extrême bonté de Dieu. Cette hymne mérite d’être chantée plutôt que récitée. Plusieurs versions existent. « Il importe cependant qu’elles tiennent compte de la dimension trinitaire de l’hommage que l’assemblée liturgique veut rendre à Dieu. » (p. 53)
Souvent difficile à comprendre, cette prière gagne à être exprimée dans un langage mieux adapté, qu’« elle soit refaite en tenant compte de l’aujourd’hui de l’Église et du monde ». (p. 55)
Comme le disait François Varillon, jésuite, il faut savoir à l’occasion « casser les mots », c’est-à-dire savoir trouver d’autres mots pour exprimer le message.
« Si on admet que la liturgie de la Parole est un dialogue entre Dieu et son peuple, beaucoup dirons que la place faite à l’écoute est beaucoup plus importante que celle accordée à la prise de parole par l’assemblée et c’est vrai. Peut-être faut-il repenser le fait d’entendre trois lectures bibliques suivies d’une homélie à chaque messe dominicale. » (p. 57)
De fait, comment un homéliste peut-il se proposer d’actualiser ce que nous avons entendu dans trois lectures (et c’est sans compter le psaume!) dans si peu de temps? Une dizaine de minutes, temps ordinairement alloué à une homélie, est insuffisant pour un tel tour de force! L’homéliste devra inévitablement mettre une lecture de côté; or c’est souvent les textes les plus difficiles, ceux qui posent question, qui risquent d’être laissés-pour-compte. Voilà pourquoi plusieurs communautés chrétiennes optent pour deux lectures plutôt que trois.
Les Saintes Écritures deviennent Parole de Dieu pour aujourd’hui, seulement si elles sont judicieusement comprises, actualisées et accueillies dans la foi.
Idéalement en lien avec la première lecture, le psaume exprime notre réponse à Dieu qui nous parle. Comme le dit Denise Lamarche :
« Il arrive cependant que pour tenir compte des événements particuliers de la vie actuelle en même temps que du contenu de la première lecture, il soit bon de chanter un autre psaume que celui proposé pour la liturgie du jour. On peut aussi choisir le refrain psalmique le mieux adapté et omettre certains versets du psaume qui deviennent incompréhensibles, voire inacceptables aujourd’hui. Pensons, par exemple, à ces appels à la vengeance de Dieu, aux châtiments qu’on lui demanderait d’infliger à nos ennemis. » (p. 61)
Afin de garder l’attention de l’assemblée en constant éveil, la manière de dire ou de chanter le psaume peut varier :
Si belles soient-elles, les liturgies eucharistiques ne doivent pas oublier un « élément » très important : le silence. Les instants de silence sont essentiels au service de l’intériorisation. Chaque lecture pourrait être suivie d’un court moment de silence.
Sous le mode d’un entretien familier, l’homélie est « d’abord un commentaire des Écritures qui viennent d’être lues. » (p. 69) Elle doit aider à comprendre le sens des textes en évoquant, notamment, les contextes historiques dans lesquels ils ont été écrits et les rendre parlants, Parole de Dieu, pour aujourd’hui :
« Elle doit revêtir un aspect catéchétique en témoignant de l’histoire du salut qui s’écrit perpétuellement. » (p. 69)
« Ce qui est essentiel, c’est bien que l’assemblée trouve dans l’homélie l’occasion d’intégrer la Parole de Dieu qui lui parvient. » (p. 71)
Comme le dit l’auteure, « il ne faudrait pas trop rapidement mettre de côté la participation de l’assemblée. » (p. 71) Au fait, l’assemblée peut participer, à l’occasion, à une homélie dialoguée.
Bref…
« L’homélie doit nourrir la vie des chrétiennes et des chrétiens. C’est là sa fonction. Que les meilleurs moyens de l’exécuter soient reconnus, acceptés et mis en œuvre! » (p. 72)
Le Credo est une réponse de foi à la Parole de Dieu proclamée. « Il veut aussi permettre à l’assemblée de prendre conscience que c’est dans une même foi qu’elle est unie pour partager le repas du Seigneur. » (p. 72)
La plupart du temps, c’est le Symbole des Apôtres qui est récité. Bien que plus facile que le grand Symbole de Nicée, le Symbole des Apôtres peut cependant, à l’occasion, être remplacé par un Crédo plus arrimé avec le mystère du jour :
« Si, à titre d’exemple, la liturgie du jour célèbre le centième anniversaire de la fondation d’une paroisse ou d’une ville, on pourrait, ce jour-là, évoquer la foi des ancêtres et proclamer que nous croyons dans le même Dieu qu’ils nous ont fait connaître. » (p. 73)
« Autre exemple : si les lectures du jour nous présentent un Dieu qui appelle à établir la justice et la paix, nous pouvons affirmer que nous croyons en Dieu qui veut l’égalité des rapports entre les humains; en Jésus son Fils qui a béatifié les artisans de paix; en l’Esprit qui nous pousse à la solidarité… » (p. 72-73)
Ainsi, il faut surtout éviter la routine et savoir dire autrement le « Nous croyons en toi qui nous aimes » afin qu’il garde toute sa saveur.
« Peuple de prêtres », tous les baptisés sont invités à présenter à Dieu « dans la prière beaucoup plus que leurs simples besoins et désirs personnels. La prière universelle prend en compte les besoins du monde, des peuples, de l’Église. » (p. 74)
« L’introduction d’un moment de silence dans chacune des intentions permet à l’assemblée de vraiment prier. » (p. 76)