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Catéchètes, passeurEs d’Évangile
Témoignages de catéchètes sur le terrain

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Gaston Perreault, c.s.v.
15 octobre 2008

Aperçu
Témoignages qui illustrent à merveille la flamme et la pensée de catéchètes qui œuvrent sur le terrain.

Introduction

La foi se transmet comme un secret. Un secret intime. Un secret de vie. Un secret de bonheur. (Paul Tremblay)

Transmettre la foi en Jésus Christ comme un secret de bonheur! Voilà une conviction qui a habité le cœur de Paul Tremblay qui, au-delà de sa mort, continue de nourrir notre passion de l’Évangile.

Je connais plusieurs catéchètes engagés sur le terrain qui ne cessent de s’impliquer avec une grande générosité. Chacun et chacune, à leur manière, lancent l’invitation : « Lève-toi, prends ta vie en main. Va, je suis là pour t’appuyer. Tu peux compter sur moi! »  Ce faisant, ces catéchètes témoignent de la beauté de la vie. Ils veulent mettre les personnes debout au sens humain et chrétien du mot.

Nous, catéchètes, ne sommes-nous pas mandatés pour annoncer Jésus Christ? Nous voulons toujours proclamer l’Évangile pour qu’il résonne comme une Nouvelle heureuse pour les personnes de notre temps. Mais dans des contextes diversifiés qui ne cessent d’évoluer, comment intervenir auprès des jeunes et des adultes pour qu’ils entendent l’invitation de Jésus : « Venez et voyez »? Quels mots inventer pour qu’ils découvrent la bonté radicale de Dieu pour toute personne?

Au Québec, plusieurs personnes bénévoles sont engagées en paroisse, dans des mouvements de jeunes, dans la formation biblique ou liturgique et dans l’accompagnement des blessés de la vie. Pour nommer ces chemins catéchétiques nouveaux, les spécialistes d’aujourd’hui suggèrent une expression qui englobe la diversité des approches dans l’éducation chrétienne : « PasseurEs d’Évangile ».

Comme dans les courses à relais, faire passer l’Évangile d’une génération à l’autre, d’une communauté à l’autre. Comme l’a écrit Paul Tremblay, « pour croire, ne faut-il pas, un jour ou l’autre, venir en contact avec des personnes croyantes, qui nous donnent le goût de croire. Des personnes qu’on admire et dont on voudrait connaître les secrets de vie. Qu’est-ce qui les anime? Leur donne du courage? »

Devenir « passeurEs d’Évangile », quelle que soit notre situation d’âge ou de santé! Il suffit de prendre le chemin de Jésus : « Tout en communiquant, par sa simple présence, une proximité bienfaisante à ceux et celles qui viennent à sa rencontre, il perçoit ce qui est enfoui en eux : la foi en la vie qui n’attend qu’à être réveillée en telle ou telle situation limite. » (Christoph Theobald in Passeurs d’Évangile, Lumen vitae, Novalis, 2008)

PasseurEs d’Évangile, nous le sommes, de diverses manières. Il nous est bon de partager nos expériences. Voilà pourquoi je vous offre ces lignes qui témoignent de l’ardeur de quelques catéchètes qui m’ont partagé la flamme qui les habite.

Suzanne Cotton et Madone Dupuis

PasseurEs d’Évangile : quels beaux mots pour décrire une mission ouverte sur l’avenir. Pour cela, notre regard doit être tourné vers l’avant car c’est devant nous que se situe la route à prendre. Comment sommes-nous passeurEs d'Évangile aujourd’hui, dans notre engagement en paroisse?

C’est tout simple : c’est en servant toute personne au nom de l’Évangile, moteur de notre espérance. C’est auprès des jeunes, des familles, des ados, des personnes âgées; c’est avec ceux et celles qui ont besoin d’être guidés et de rencontrer des témoins signifiants, qui ont besoin d’un bâton de pèlerin pour les soutenir dans leur marche. Oui, c’est tout simple mais en même temps si grand, si beau et si précieux puisque c’est ensemble que nous sommes appelés à vivre ces passages qui sont autant de semences qui germent dans la terre de l’Évangile de notre quotidien.

Ces semences ont la couleur du S.P.V., des parcours catéchétiques, de l’accompagnement des malades, de la liturgie remplie de sens, de l’amour donné et partagé, de la générosité sans compter et de la persévérance dans l’adversité. Voilà le trésor de l’Évangile que nous osons de plus en plus appeler : Bonne Nouvelle à partager!

Suzanne Cotton et Madone Dupuis, Rivière-au-Renard, Québec

Roger Breault

Pour moi, « passeur d’Évangile » se distingue de son opposé : le « livreur d’Évangile ». Je voudrais être moins « livreur que passeur ». Dans le ministère que j’accomplis, être « livreur d’Évangile » ce serait arriver avec son paquet tout ficelé : reproduire des homélies toutes faites, des célébrations redondantes, etc.

Je souhaiterais plutôt être « passeur d’Évangile » en prenant le temps d’écouter les gens d’ici, avec leurs défis de vivre et de travailler. Certes, nos propres expériences ont leur valeur, mais à la condition de laisser les expériences des autres imprégner notre ministère. Le « livreur » aura tendance à vouloir faire tout seul et à livrer son savoir, que ça plaise ou non. Le « Passeur d’Évangile » pour sa part aura plutôt comme premier souci d’écouter le peuple de Dieu d’ici. Ensemble, nous pourrons prendre des chemins différents de ceux du passé, confiants que l’Évangile « passera » par nous avec une couleur nouvelle et un dynamisme neuf.

J’observe une petite paroisse qui suscite mon émerveillement. Il est vrai que beaucoup de jeunes sont partis étudier ou vivre en dehors de la paroisse. Il est également vrai que le réseau tricoté serré peut apporter certaines disputes... Cependant, cette petite paroisse à tous les traits d'une belle famille : rassemblements divers, café de l’amitié à l’occasion de funérailles, eucharisties avec rassemblements spontanés avant et après les célébrations, préoccupations autour de la saison de la pêche, etc. Tout cela devient des lieux d’écoute du milieu. Mon ministère ne saurait donc se contenter que d’encourager et de féliciter. Au fait, si l’Évangile « passe » par moi, cette présence de « passeur d’Évangile » aura une pertinence locale loin des recettes toutes faites d'avance.

Roger Breault, c.s.v., pasteur de paroisses regroupées en Gaspésie, Québec

Hubert Hamelin

Je ne veux pas jouer avec les mots, mais il m’apparaît qu’être « passeurs d’Évangile » c’est fondamentalement être « porteurs de la Parole ». Qu’est-ce à dire?

Mon être et mon agir doivent autant être ouverts à l’accueil de la Parole, offerte par le témoignage des gens autour de moi, que disposés à la rendre disponible à ceux et celles que je rencontre.

« Passeurs d’Évangile », c’est être les porteurs de sa trace, de sa vie, profondément attentifs et amoureux de la création de Dieu qui l’incarne. La porter, c’est entrer dans un mouvement...

La mission qui m’a été confiée par ma communauté m’amène à exercer un ministère en Église qui a d’abord la caractéristique communautaire. Avec tous ces agents de pastorale avec lesquels je travaille quotidiennement, au cœur de ces nombreux moments de rencontre, de planification, avec les centaines de personnes qui se réunissent au fil des jours pour prier, célébrer, organiser, s’engager, je vois la Parole qui circule, interroge, dérange, crée, rassure, dénonce, pacifie... Porter la Parole, c’est travailler à lui ouvrir la voie jusqu’au cœur des gens. « Passeurs de la Parole », c’est être au service de cette Parole qui passe, qui doit passer!

Les agents de pastorale et moi tentons de favoriser l’action de l’Esprit qui crée des rencontres à la façon de nouvelles paraboles. J’ai le bonheur de travailler avec une équipe jeune et engagée, convaincue que la Bonne nouvelle de Dieu n’a de cesse de nous surprendre. Alors, notre regard se tourne vers la vie, vers ceux et celles qui nous sont confiés et là, surtout, nous nous surprenons à la redécouvrir sans cesse, autre, comme Jésus ressuscité.

Les enfants me disent la Parole. Les familles qui triment pour se créer un noyau de vie épanouissant me la racontent aussi. Ces bonnes vieilles gens qui gardent espoir, ces hommes et femmes qui agissent partout dans la cité me rappellent que la Parole passe et nous en sommes des porteurs. Acte de foi simple et incarné!

Hubert Hamelin, c.s.v., responsable de secteur paroissial, Outremont, Québec

Alain Ambeault

Actuellement, mon temps est réparti comme suit : responsabilité de l’implantation de « communautés alternatives » au sein de l’Unité pastorale Outremont, Côte-des-Neiges et Mont-Royal et présence à divers groupes promouvant un retour à l’Esprit de Vatican II. Le Réseau Culture et foi, le Forum André-Naud, le blogue Gateos, le Centre Culturel Chrétien de Montréal, etc., sont des expressions vivantes d’une Église qui s’étend en marge de sa réalité institutionnelle et qui témoigne d’une grande vivacité.

C’est quoi, dans le concret, être « passeur d’Évangile » là où tu es engagé?  Je me référerai à mon dernier tiers-temps pour répondre à ta question. Somme toute, je suis « passeur d’Évangile » d’abord et avant tout lorsque j’ouvre les bras pour recevoir la Bonne Nouvelle que tous ces gens m’offrent. Honnêtement, dans ces réseaux, les gens se disent moins des hommes et des femmes d’Église que des épris d’Évangile. Leur solidarité prend souvent la forme de la dissidence, celle voulue ou celle imposée par l’institution. Il est bousculant de les entendre dire : nous ne sommes plus là lorsqu’il s’agit de réagir à des déclarations ou même de souligner des absences navrantes de notre tradition de foi. La bataille avec l’institution ne les motive plus! Ils sont ailleurs, actifs ailleurs!

Être « passeur d’Évangile » fait donc d’abord référence, chez moi, à l’attitude d’écoute, d’ouverture et de réception d’une Bonne Nouvelle évangélique que ces gens m’offrent. Le discours sur la montagne, ils le vivent dans la rue, avec les marginaux et tous ceux et celles, quelles que soient leurs allégeances, qui se battent pour un monde meilleur. Je suis « passeur d’Évangile » lorsque je m’approche d’eux, lorsque je dialogue avec eux en n’occultant pas les engagements qui sont miens au sein de la communauté viatorienne comme religieux et ministre ordonné. Cet échange, s’il est basé sur une écoute réelle, tend une main solidaire vers l’atteinte d’un objectif commun : réaliser, avec nos frères et soeurs, la création de Dieu.

Le mouvement des travailleur(euses) chrétiens, l’Autre parole (femmes en Église), Chrétien(nes) dans la cité (réseau des communautés de base), Journées sociales du Québec, etc., tous ces gens sont des « passeurs d’Évangile! » Il n’ont de cesse de cueillir des mots nouveaux comme autant de promesses de vie, de petits sourires qui disent que le Règne est là et de donner la parole au nom de l’Évangile.

Ces « passeurs d’Évangile » m’inspirent. Ils donnent du souffle à mon Église  (qui a tant de peine à les reconnaître!) et de l’espérance à la mission de ma communauté. Ces « passeurs d’Évangile » me confirment dans ma mission de catéchiste, d’accompagnateur dans la foi.

Alain Ambeault, c.s.v.

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