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En 2008, un événement important est venu modifier encore plus le statu quo. Il s'agit de la décision gouvernementale de ne pas reconduire la clause dérogatoire qui protégeait le maintien dans les écoles publiques du Québec d'un cours d'enseignement religieux confessionnel. Et, par la même occasion, on annonçait l'introduction, dès septembre 2008, du nouveau programme d’Éthique et de culture religieuse, destiné à tous les élèves du primaire et à ceux des quatre premières années du secondaire, en remplacement de l'enseignement religieux confessionnel. Ces décisions gouvernementales achevaient d'une certaine façon le processus de la déconfessionnalisation de l'institution scolaire. Mais elles introduisaient par le biais d'une approche culturelle une orientation scolaire de plus en plus laïque.
Par la place donnée aux traditions religieuses non chrétiennes, ce nouveau programme d’Éthique et de culture religieuse constitue pour l'Église une pressante invitation à prendre résolument en main la formation catéchétique, en même temps qu'une occasion pour beaucoup à « revisiter » les sources de leur propre identité chrétienne. On perçoit vite à ce niveau les besoins qu'éprouveront et qu'éprouvent déjà les communautés chrétiennes à relever ce nouveau défi.
Auparavant, un autre événement avait soulevé la question du pluralisme religieux dans le milieu québécois, en même temps que celle de l'« identité » chrétienne. Il s'agit de la Commission Bouchard-Taylor. Dans une société à « laïcité ouverte », marquée par le pluralisme, quels seront les canaux de transmission « culturelle » de l'héritage chrétien? L'Église et les parents pourront-ils s'appuyer sur un tel héritage chrétien pour épauler leurs efforts d'éducation à la foi? Comment former à une pratique de l'engagement chrétien inspirée de l'Évangile, qui soit convenable dans le contexte d'une laïcité dite ouverte?
Le programme (non confessionnel) d'Éthique et de culture religieuse a comme objectif officiel « le mieux vivre ensemble » dans le Québec d'aujourd'hui. On veut, par là, amener les enfants à mieux connaître des éléments de leur tradition religieuse ainsi que celles des autres traditions religieuses présentes au Québec. On désire aussi favoriser l'épanouissement de chacun et chacune dans une société où se côtoient plusieurs valeurs et croyances. Avec ce nouveau programme, le gouvernement estime que les responsabilités distinctes de l'école et des Églises seront plus clairement situées.
Le nouveau programme porte un regard privilégié sur le patrimoine religieux de la société québécoise. En effet, il souligne de façon particulière l'importance historique et culturelle du catholicisme et du protestantisme au Québec. Il s'intéresse aussi au judaïsme, à l'islam, aux spiritualités des peuples autochtones, etc. Ce programme prétend respecter totalement la diversité des croyances, des valeurs et des différentes façons de penser.
Le nouveau cours a l'avantage de s'adresser à tous les étudiants et, pour les catholiques, de présenter au moins certains aspects du catholicisme et du patrimoine religieux du Québec. De plus, il offre une vision positive de la religion. Cependant quelques questions demeurent...
Au primaire notamment, les jeunes enfants qui suivront les parcours catéchétiques en paroisse sauront-ils bien intégrer la formation catéchétique avec ce nouveau cours à l'école?
Comment les enfants vont-ils réussir à se situer dans tout cela? Qu'en sera-t-il de leur quête identitaire?
Peut-on craindre un relativisme nuisible au développement harmonieux de l'enfant? Est-ce que certaines valeurs fondatrices (démocratie, égalité homme-femme, etc.) de notre société pourraient être remises en question sous prétexte de respecter les valeurs des autres?
Est-ce que qu'un sens critique aiguisé sera cultivé afin de prévenir tout dogmatisme, quel qu'il soit?
Et que dire de la formation des professeurs où la majorité de ceux-ci sont loin d'être des experts dans une matière à la fois très vaste et très subtile?
La vigilance est donc de mise afin d'apporter des réponses adéquates à ces questions bien légitimes et ainsi effectuer les correctifs nécessaires.
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