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Alain Ambeault, c.s.v.
22 octobre 2004
Aperçu
Un à un... deux à deux... c’est ainsi que Jésus envoya les disciples en mission. Allez, dit-il et vous reviendrez! C’est sur cette dynamique d’envoi et de retour qu’il faut désormais appuyer la formation.
Curé : « Il faudrait bien que je réussisse à trouver des gens pour s'occuper du dossier de la catéchèse. C'est donc compliqué! 3 demandes, 3 refus. J'en ai ras le bol! Si 65 ans peut arriver, je préviens mon évêque que je ne serai désormais disponible que pour du ministère! »
Catéchète : « J'ai toujours aimé travailler avec les gens, les enfants surtout et transmettre la foi en Jésus-Christ me passionne... Mais, ce n'est plus comme autrefois lorsque à l'école, on avait les enfants à heure précise et que les gens se rassemblaient à l'église. Maintenant, le défi, c'est d'avoir le monde avec nous. Quand? Et lorsque le quand est trouvé, comment faire pour qu'ils n'aient pas la tête ailleurs! »
Parents : « Mais ça n'a plus
de bon sens : le travail, la maison à entretenir,
les commissions à faire, le sport, le cours de musique, les loisirs,
les devoirs des enfants et... ça s'ajoute : la catéchèse à l'église.
On va devenir fou, ma foi! Et à la paroisse, ils ont bien dit que
les parents devaient être impliqués dans la préparation
des enfants.
En plus, on me demande de devenir catéchète pour des jeunes. Je ne sais même
pas ce que ça veut dire! Parler de Jésus... c'est bien
beau, mais quoi dire! J'espère au moins qu'ils ont de
bons livres! Et puis quand aurais-je le temps de faire cela? Pourquoi ai-je
dit oui? Je n'ai jamais fait ça, moi, parler de Jésus...
Je vais avoir l'air de quoi... un Témoin de Jéhovah? »
Évêque : « Jésus Christ, chemin d'humanisation, vous avez lu? Quelle belle synthèse théologique et pastorale de la mission d'évangélisation! Celle-ci incombe à tous, chrétiennes et chrétiens. En plus, nous les évêques, sommes à préparer un outil d'évaluation de tout ce qui se fait dans les paroisses (guides, documents, programmes) pour vous aider, évidemment! Il faut bien l'avouer, tout n'est pas d'égale valeur..! »
Il y eut un soir et il y eut un matin... et Dieu vit que cela était bon! (Gn 1,5.10)
Le danger est non seulement possible, mais bien réel devant l'ampleur de la tâche à réaliser. Que l'on soit catéchète, évêque, parent, pasteur de paroisse, les sangles de l'impossible semblent retenir à ras le sol quelque envolée pastorale qui consisterait à s'engager avec enthousiasme dans la magnifique mission de faire connaître et aimer Le Vivant!
Mais de quoi provient ce découragement? L'ampleur de la tâche à réaliser? Imaginez les premières communautés chrétiennes! Non seulement le monde juif était hostile à l'enseignement des Douze, mais plus encore, hors d'Israël, ceux-là qu'on appelait les païens (Ac 4,23-31). Paul l'a appris à ses dépens à Athènes en se faisant dire gentiment de débarrasser. De la pure folie de soutenir que ce Jésus est revenu à la vie (Ac 17,16-22)!
Et nous sommes peu nombreux à vouloir relever le défi! C'est vrai, dans chaque paroisse, ce sont toujours les mêmes personnes qui collaborent; les « nouveaux venus » ont tôt fait de devenir des « sitôt partis » dès que leurs enfants ont reçu le sacrement voulu. Et tout se fait sous le mode du bénévolat, les paroisses n'en finissent plus de couper les ressources humaines faute de moyens financiers.
Ils étaient onze à croire que tout était fini au lendemain de la crucifixion (!) :
Les biblistes ne ramènent-ils pas les idées à de justes proportions, rappelant que les premières communautés chrétiennes n'étaient en fait qu'une poignée de gens se réunissant dans la maison d'un tel, célébrant le repas du Seigneur et agissant au nom du Règne de Dieu qui se construit lorsqu'un à un, les visages se transfigurent à la rencontre du Dieu vivant.
Mais c'est ainsi que Jésus les a envoyés en mission (Lc 9,1-6). Il ne leur a pas dit d'avoir tel programme de catéchèse en main, de ne pas oublier de lire les directives des évêques avant de quitter, de fréquenter tous les sites Internet intéressants (surtout celui des Viateurs!), d'avoir son baccalauréat en théologie... Allez, dit-il et vous reviendrez! Certes, la préparation et la formation sont nécessaires; voilà justement pourquoi l'aller-retour en mission est essentiel.
C'est justement sur cette dynamique d'envoi en mission et de retour qu'il faut désormais appuyer la formation. Accompagner les accompagnateurs!
« À leur retour, les apôtres lui racontèrent tout ce qu'ils avaient fait. Les prenant alors avec Lui, il se retira à l'écart... » (Lc 9,10).
Une vérité demeure : de nos jours, la mission catéchétique doit en être une qui garde au cœur l'objectif d'un Seigneur à faire connaître et aimer de personne à personne. Il faut accueillir, aimer et se laisser saisir par le récit de vie de l'être humain que je croise sur ma route. L'histoire sainte de telle personne est le terreau d'une Bonne Nouvelle à enraciner; elle est première dans l'acte catéchétique. Partez seul, deux à deux et au gré des rencontres, la mission se renouvellera. Il faut aller et revenir, aller un peu plus loin, car d'autres frères et sœurs nous attendent!
L'Église du Québec en est rendue au dernier tournant de la survie de l'institution telle que nous la connaissons. La visibilité de l'héritage du passé disparaîtra, mais la fibre humaine ne peut se passer de carrefour; c'est alors qu'elle retisse des communautés nouvelles!
Pour y collaborer, rappelons-nous la promesse éternelle : « Je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde » (Mt 28,20). Lui, l'Esprit de vérité vous accompagnera (Ac 1,8). La mission nous envoie ainsi courageusement, un à un, deux à deux, non plus pour gagner le monde et remplir nos temples, mais pour toucher le cœur de celui ou celle, pierre vivante d'une Église toujours en renaissance.
Je me souviens : lorsque mes grands-parents avaient tendance à se décourager à la vue de tel obstacle sur leur route, ils se remémoraient les débuts de leur aventure amoureuse et les conditions précaires qui prévalaient à l'époque. Évangéliser, c'est la plus grande mission d'amour jamais offerte; faisons mémoire et alors nous relèverons la tête!