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L’Église entre enfouissement et visibilité
Les défis de la modernité

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Henri Boulad, s.j.
23 septembre 2009

Aperçu
Réflexions sur la modernité et la postmodernité en lien avec l'avenir du christianisme et de l'Église.

Nota Bene - Cet article (présenté par Robert Madore) retrace les grandes lignes d’une conférence que le père Boulad a donnée au centre communautaire « La Résurrection », le 30 avril 2009 à Brossard (Qc) Canada.

Le père Boulad, s.j., en bref :

  • Originaire d’Égypte.
  • Conférencier et écrivain de renommée internationale.
  • Longtemps responsable de « Caritas Internationalis » (l’équivalent de l’organisme « Développement et Paix » au Canada) pour l'ensemble du monde arabe et de la branche nationale de « Caritas-Égypte », qui compte plus de 1600 salariés et œuvre dans les « domaines » les plus divers : drogue, enfants de la rue, réfugiés, lépreux, handicapés, femme, du développement agricole et rural, etc.
  • Directeur du collège des Jésuites au Caire de 2004 à 2009.

La modernité ou l’ébranlement d’un système

Église et gratte-cielIl y aurait beaucoup à dire sur la modernité. Chose certaine, elle est une réaction contre le Moyen Âge, avec son Église omniprésente et omnipuissante. Au temps où celle-ci structurait toute la société, elle était hautement respectée et reconnue par un peuple soumis et obéissant. Elle jouissait alors d’une visibilité étonnante.

La modernité a questionné et ébranlé ce système, et par le fait même, fragilisé en quelque sorte l’individu et la société toute entière. Des certitudes jadis inébranlables devenaient, tout à coup, l’objet de doutes : existence de Dieu, Bible versus science (du géocentrisme à l’héliocentrisme, du créationnisme à l’évolutionnisme), etc.

Cette mentalité du Moyen Âge a été caractéristique de tous les pays du monde : Occident, Chine, Inde et monde arabe (qui, massivement, y est encore).

Au Québec, ce passage à l’esprit de la modernité s’est fait à toute vitesse vers la fin des années 60, suite à Vatican II, et… on y est encore! Au Québec, on assiste à une radicale remise en question de tout ce qui a été vécu pendant des dizaines d’années, voire des siècles. Il y a un refus de l’emprise de l’Église et de sa visibilité. En Europe, cet état de fait est également très notable.

Mais au fait, qu’est-ce que la modernité? C’est la prise de conscience de l’autonomie de la société et de l’individu qui revendiquent le droit de penser par eux-mêmes.

La modernité… est-elle bonne ou mauvaise? normale ou anormale? Il faut répondre qu’il s’agit là d’un phénomène tout à fait normal. Pour clarifier la chose, essayons de comparer la croissance de la société occidentale à celle d’un enfant.

20 ans - 20 siècles

Grosso modo, de 0 à 10 ans, l’attitude de l’enfant par rapport à ses parents est celle des : « oui papa », « oui maman », et parfois, « merci papa », « merci maman ». Cette période est l’équivalent des dix premiers siècles où les chrétiens étaient somme toute assez soumis à la « Mère Église ».

Vers 13 ans : changement d’attitude, l’adolescent en herbe ne dira pas toujours « oui »...

À 14 ans, « ça grince »… Nous sommes au 14ième siècle, c’est-à-dire au début de la modernité.

AutonomieÀ 15 ans (15ième siècle), c’est la Renaissance : besoin d’autonomie, forte prise de conscience de l’individu, découverte de soi et prééminence de l’être humain. Face à une Église autoritaire et intransigeante, l’homme s’insurge, dit « non » et proteste, à l’instar de tout adolescent, en quête d’autonomie et d’identité. Luther, avec la réforme protestante, est l’exemple-type de ce refus de l’autorité du « Très Saint Père ».

17 ans – 17ième siècle. Avec la Révolution française, la société prend ses distances par rapport à la « Mère Église » et se détache de celle qui l’a façonnée.

Étonnamment, la modernité est un fruit de l’Évangile. Pendant 15 à 16 siècles (et aujourd’hui encore jusqu’à un certain point), l’Église a été l’éducatrice de l’Europe.

Mais voilà que tout à coup, cette Europe se découvre adulte, revendique le droit de réfléchir par elle-même et de prendre « ses » propres décisions. N’est-ce pas la fierté et la joie de tout éducateur et de tout parent que de former un enfant capable de réfléchir par lui-même et d’être indépendant?

Cependant, face à ce désir d’autonomie, l’Église, à l’instar de bien des parents, a dit « NON »! Tu dois « obéir, tu dois te soumettre ». Réaction spontanée de bien des parents habitués à avoir un enfant bien docile!

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