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On parle maintenant de postmodernité. Du moins, en Occident…
Mais revenons à la modernité pour tenter de mieux la cerner et la comprendre. En quoi consiste-t-elle? De manière succincte, elle se résume en quelques points :
Tout à coup, l’être humain est placé au « centre ». Le « Règne de Dieu » (tel que présenté alors) est remplacé par le « règne de l’homme ». Le culte de la Bible, jadis considérée comme « intouchable », est remplacé par celui de la raison. L’autorité de l’Église est remplacée par le culte de la raison.
Le monde est pensé sur un plan « horizontal » et engendre une société laïque, séculière, autonome, sans référence à Dieu ou à une quelconque transcendance.
Bien que la modernité comporte de nombreux traits positifs, on est bien forcé de constater que tout ne l’est pas et qu’il existe des zones d’ombre.
Avec la perte de crédibilité de l’Église et des grands systèmes, on assiste à un brouillage des références, autrefois érigés en « absolus ». Tout est passé au crible de la raison critique au point que rien désormais n’est « sûr ».
C’est une des conséquences de la remise en question de toute autorité : père, enseignant, prêtre, bible, etc.
Tout le monde revendique ses droits au point de perdre de vue ses devoirs.
Cette perte des références accompagnant la « mort des absolus » est très déstabilisante. Il n’y a pas si longtemps, l’enfant grandissait avec un certain nombre de certitudes. Aujourd’hui, tout est remis en question.
En déployant sous nos yeux toute une panoplie de points de vue et une vaste diversité de croyances, les médias nous laissent perplexes et désemparés, avec comme conséquence le risque de s’accrocher à n’importe quoi et de croire n’importe qui.
Le jeune d’aujourd’hui est beaucoup plus déstructuré que celui d’hier, par suite du déclin de l’autorité. Car il faut bien le dire, l’autorité a une fonction structurante. Sans un modèle à qui s’identifier et à une conviction à laquelle s’accrocher, le jeune ne sait plus comment grandir.
En fait, un jeune grandit par identification à des modèles : père, mère, professeur, enseignant, prêtre, héros, saint, Jésus Christ …
Quand tout est galvaudé, relativisé, l’autorité cesse de représenter cette référence structurante.
Le psychothérapeute Guy Corneau, dans un livre remarquable intitulé « Père manquant, fils manqué », dénonce l’écroulement de l’autorité parentale, surtout celle du père.
Après des siècles de domination de l’homme sur la femme, c’est un peu le contraire qui se passe aujourd’hui. Par suite d’un féminisme à tout crin, du reste parfaitement légitime – l’homme se trouve aujourd’hui déstabilisé. Il y a une espèce de renversement des rôles. Après des siècles de société patriarcale, l’identité masculine est fragilisée, et avec elle, c’est tout le tissu social et familial qui se trouve ébranlé. Or, la famille est la pierre angulaire de la société. Quand elle vacille, c’est la société toute entière qui vacille.
Une des grandes caractéristiques de la postmodernité est que la perte d’identité est en train de se compenser par une forte affirmation identitaire et communautaire.
Nous assistons à un retour de certaines valeurs traditionnelles qui cherchent à redonner à l’être humain une sécurité qu’il avait perdue.
Comment la postmodernité se manifeste-t-elle actuellement? Par un renouveau communautaire, car nul ne peut vivre sans une appartenance.
Plus que jamais, l’individu d’aujourd’hui éprouve le besoin de retrouver ses racines, son passé, son histoire personnelle et collective qui lui procure une certaine sécurité. Bref, il a besoin de savoir d’où il vient et où il va. Un père, une mère, des frères et des sœurs, un terreau, une patrie, une culture, c’est indispensable.
La tendance ira donc à se rallier à un groupe, à une petite communauté. Le sentiment du groupe aujourd’hui est essentiel. Au moment justement où la famille est fragilisée, il y a besoin de compenser cela dans le groupe.
Dans l’Église, certains nouveaux groupes se proposent de redonner à l’Église une chaleur communautaire, qui manque terriblement à nos assemblées. Savoir se donner le baiser de la paix, se sourire, se regarder dans les yeux. L’affectivité et l’expression corporelle sont d’une extrême importance.
À titre d’exemple, dans la liturgie africaine, le sens du corps et de la fête est très présent : chants, danse, expression du corps, affectivité communicative. Les jeunes, en particulier, ont besoin de cette chaleur humaine, qu’il nous faut absolument retrouver dans nos assemblées. Cela demande de la créativité.
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