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Enfouissement et visibilité représentent deux pôles apparemment contradictoires de la présence de l’Église dans notre monde. Cependant, chaque pôle a sa justification dans l’Évangile.
L’Évangile nous dit, « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une hauteur ne peut être cachée. » (Mt 5,14). Ou ailleurs, « que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu'en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux » (Mt 5,16). Nous avons là une claire invitation du Christ à manifester cette profondeur de l’Esprit qui est en nous. Jésus est Lumière. Les chrétiens sont appelés à leur tour à être « lumière », en écho à la lumière du Christ qui les habite.
L’apôtre Paul ira même jusqu’à se proposer en modèle : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ » (1 Co 11,1)
Les parents doivent être des modèles pour leurs enfants et les prêtres pour leurs ouailles. Celui qui vit une réalité, la rayonne par tout lui-même. C’est la prédication « muette », celle de l’être qui parle plus fort que les mots.
On prête à François d’Assise cette phrase : « Prêchez toujours, si nécessaire, utilisez des mots… En fait, on prêche beaucoup plus par ce qu’on est que parce qu’on dit. Les sœurs de Mère Teresa de Calcutta, à qui je dis tous les matins la messe au Caire, ne disent rien, verbalement, mais elles disent tout par leur sourire, leur attitude, leur dévouement.
Très souvent, le Christ invite à témoigner de vive voix, suite à un miracle ou à une guérison. Il nous demande aussi à annoncer l’Évangile à toutes les nations.
Cependant, d’autres textes de l’Évangile invitent le disciple à s’effacer, comme le levain dans la pâte. C’est l’influence par osmose, par la qualité de présence, sous le mode du rayonnement.
« Quand tu veux prier, entre dans ta chambre, ferme la porte et prie ton Père qui est là dans le secret. Et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Mt 6,6)
Une bonne part de la vie de Jésus a été vécue dans l’enfouissement. Originaire de Bethléem, il a grandi à Nazareth. Des villes somme toute « bien ordinaires » au temps de Jésus.
Les récits de la tentation au désert nous montrent Satan invitant Jésus à prendre le chemin de la popularité, dans le genre : « Fais un ‘big show’… Transforme ces pierres en pains…. Jette-toi du haut du Temple, et tu auras un succès assuré! » C’est la tentation de la conquête par la fascination. Jésus refuse ce style. Né dans l’obscurité, mort dans l’obscurité, ressuscité dans l’obscurité, il n’a voulu se manifester qu’à quelques croyants.
Toute la vie de Jésus est un appel à la discrétion : le Royaume de Dieu est à l’intérieur, comme une graine qu’on sème. Le Royaume est caché…
Nous sommes donc en présence de deux images contrastées du Royaume dans l’Évangile, et comme en écho à cette réalité, à deux images contrastées de l’Église : visibilité/affirmation versus invisibilité/enfouissement.
Considérons deux images emblématiques.
Jadis, en France comme au Québec, les villages étaient composés de petites maisons dominées par le clocher de l’église, symbole de la « Mère Église » qui, par le biais du curé, protégeait et guidait un peuple simple et analphabète, de manière paternelle ou paternaliste.
Aujourd’hui, les temps ont bien changé! Prenez par exemple, la « St Patrick’s Cathedral » de New York. Toute imposante qu’elle soit, cette cathédrale se trouve comme écrasée par les immenses gratte-ciels qui l’encerclent et la surplombent. C’est l’image de notre époque qui a mis l’Église en « dixième place ». Le monde de l’économie et des finances oblige l’Église à s’effacer et à se faire toute petite.
L'image du village et celle de St Patrick’s Cathedral… représentent deux styles d’Église. Lequel est le bon? Je ne saurais le dire.
Le style adopté par l’Église d’Afrique du Nord est celui de l’enfouissement. Les petites chapelles ont pris la place des grandes institutions et des grandes églises. Le vêtement religieux a été supprimé pour permettre aux consacrés de se fondre dans la foule anonyme. Ils ne veulent d’autre signe que la charité… et à l’occasion une petite croix. Dans bien des cas, la charité a même tendance à remplacer le culte.
En réaction à cette tendance, un nouvel évêque de cette région, d’origine orientale, décide qu’il est grand temps que l’Église brille de tous ses feux et retrouve une visibilité. Il rénove sa cathédrale et reprend en main une quinzaine d’écoles catholiques confiées par son prédécesseur à des musulmans.
Fragilité ou puissance? Discrétion ou visibilité? La réponse n’est pas évidente… Qu’est-ce qui est le plus évangélique? En Orient, face à un islam omniprésent, conquérant, écrasant, l’Église a besoin de s’affirmer et de chercher une visibilité qui frappe les regards. C’est là une des caractéristiques de nos Églises orientales.
Il existe donc un genre de tension entre visibilité et enfouissement. Je ne vais faire le plaidoyer ni de l’une ni de l’autre ?
Dans les trois premiers siècles de son existence, l’Église des catacombes a vécu l’enfouissement. Plus elle était écrasée et plus elle devenait forte. La persécution était pour elle une occasion de grandir, de s’affermir, de retrouver un nouveau dynamisme.
En devenant religion officielle avec l’empereur Constantin, l’Église a eu tendance à rechercher le pouvoir et son témoignage fut souvent loin d’être exemplaire. La naissance des ordres mendiants fut une réaction à cette déchéance de l’Église.
L’Église d’aujourd’hui est à repenser. Il importe de lui donner un nouveau visage. C’est un défi qui nous est lancé à tous.
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